Tunisie : le périlleux pari du gouvernement sur le gaz de schiste

L’affaire de l’exploitation du gaz de schiste n’en finit pas de créer la polémique. Après l’annonce faite par le Chef du gouvernement, Mehdi Jomâa, selon laquelle son gouvernement commencera à préparer les études liées au projet d’exploitation du gaz de schiste, qui représente, selon lui, une ressource naturelle dont l’exploitation est rentable, le recours au gaz de schiste fait débat et divise le monde industrialisé.

Lors d’une table ronde sur les risques engendrés par l’exploitation du gaz de schiste en Tunisie, l’ancienne ministre de l’Environnement dans le gouvernement Jebali, Mamia El Banna, a dénoncé ces pratiques et affirmé que la technique appliquée dans l’exploration et l’extraction du gaz de schiste nécessite la mobilisation de volumes considérables de ressources en eau, puisque chaque gisement peut compter jusqu’à 700 puits et chaque puits nécessite entre 10 et 15 mille m3 d’eau.
L’ancienne ministre a indiqué que les risques liés au gaz de schiste sont non maîtrisables et leurs conséquences inconnues à moyen terme. « La technique en elle-même provoque des risques sismiques. Elle consomme aussi beaucoup d’eau d’où une menace pour les ressources hydrauliques dans un contexte global de rareté. Enfin, les produits chimiques injectés dans la roche (allant jusqu’à plus de 100 tonnes par gisement) sont toxiques et potentiellement cancérigènes et leur infiltration dans la nappe phréatique risque de contaminer l’eau que nous consommons », a-t-elle ajouté.
Mme. El Banna a, en outre, indiqué que s’il est vrai que la Tunisie s’est lancée dans la phase d’évaluation des ressources du pays en gaz de schiste, comme l’a déjà confirmé le Chef de gouvernement, il est indispensable d’élaborer un cadre réglementaire adéquat afin de garantir la protection des ressources environnementales du pays.
Pour sa part, Faouzia Bacha Amdouni, avocate auprès de la Cour de Cassation, a souligné que l’actuel code des hydrocarbures ne peut pas être appliqué pour les ressources non conventionnelles, car il ne garantit pas la protection de l’environnement, et des ressources naturelles du pays.
Elle a appelé à concevoir un nouveau texte réglementaire adapté à la particularité et aux risques que présente l’exploration du gaz de schiste, d’une part, et à la géologie de la Tunisie, d’autre part.
Mohamed Ghazi Ben Jemia, docteur en géologie, a appelé à la réalisation d’une étude de faisabilité économique pour vérifier si cette démarche sera profitable ou non à la Tunisie, soulignant la nécessité d’interdire l’usage de la nappe phréatique pour les opérations d’extraction du gaz de schiste.
M. Ben Jemia a rappelé que la société civile et plusieurs associations ne sont pas restées les bras croisés face au scandale du gaz de schiste. Plusieurs associations sont montées au créneau pour dénoncer cette « manipulation » et exige du gouvernement des explications sur sa démarche improvisée et l’absence de cadre juridique et fiscal. Elles veulent aller plus loin et demandent une restructuration du secteur et un dialogue sérieux sur les choix stratégiques de notre gouvernement.
Ainsi, malgré les problèmes que pose l’exploitation du gaz de schiste, le gouvernement de Mehdi Jomâa semble avoir dit son dernier mot, notamment avec la récente déclaration de l’UGTT (Union générale tunisienne du travail) qui annonce son soutien à l’exploitation du gaz de schiste au Sud tunisien.

Meriem.Kh

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