Bizerte ville connectée

Alors que dans certaines localités du sud tunisien, des jeunes, poussés par quelques démons et remontés par quelques décrépits ou aigris, s’ingénient à créer les meilleurs moyens de contrecarrer la relance du pays et de détruire ses institutions ; d’autres jeunes autrement inspirés œuvrent et réfléchissent aux stratégies et tactiques aptes à transformer leur cité en ville du futur, dans la perspective d’un développement irrépressible des technologies de l’information et de la communication.
Une conférence internationale, avec participation des villes françaises de Grenoble, de Marseille, espagnole de Barcelone,et autre ville italienne, a été organisée les 26 et 27 avril dans la ville de Bizerte. Intitulée « Bizerte Smart City », comprenez « Bizerte, ville intelligente », cette manifestation a été un franc succès, à tous les niveaux. Le volet organisation, non dénué de quelques couacs, a cependant démontré la capacité des jeunes organisateurs de l’événement de frôler l’excellence. Un panel d’experts nationaux et étrangers ont été invités pour expliciter le concept de Smart City ou pour rendre compte des expériences fructueuses menées dans leurs villes respectives en faveur du confort et du bien-être des citoyens par l’amélioration de la qualité des services urbains et par la réduction de leur coût. Les thèmes retenus pour examen et pour discussion, au sein d’ateliers de travail, magistralement animés par les experts, ont asséné une preuve de l’engouement qui s’était emparé de l’imposante assistance, venue d’abord par curiosité, mais rapidement acquise à l’originalité et au bien-fondé du thème présenté. N’omettons pas surtout le travail préparatoire extrêmement remarquable accompli par Borhane Dhaouadi, le président de l’Association Bizerte 2050, organisatrice de l’événement, qui a réussi à impliquer pas moins de trois ministres de deux secrétaires d’état, de présidents d’organisations nationales telle que l’UTICA, sans oublier le haut patronage du chef du gouvernement, qui s’était laissé convaincre de la nécessité que les grandes cités du pays devront accéder à ce statut de villes intelligentes.
L’idée de faire de la ville de Bizerte une Smart City ou ville intelligente est née dans l’esprit de Borhane Dhaouadi, jeune architecte manager en politiques urbaines. Il a vite fait d’ intérioriser le concept et finit à force de persuasion à mobiliser autour de lui un groupe de jeunes plus jamais acquis à la mission d’œuvrer pour la promotion de leur ville dans une perspective de moyen terme. C’est que les données relatives à leur ville et à leur région militent en faveur d’actions volontaristes précédées de réflexions profondes sur les moyens à mettre en œuvre pour engager leur cité dans le processus mais également pour que Bizerte, tout en étant un pionnier, s’érige en exemple ou en ville motrice pour les autres cités du pays. Que l’on en juge. Selon des projections démographiques, 2014-204, effectuées par l’INS, la population tunisienne se situerait entre 13 187 000 et 1 091 000 habitants. Pour la région de Bizerte, la population passera de 582 338 à 612 934 habitants entre 2016 et 2021. D’où la nécessité de concrétiser, sous nos cieux, cette idée de ville intelligente.
C’est quoi, en vérité, ce concept de ville intelligente, abstrait dans certains esprits, utopique pour d’autres, sujet à moqueries pour quelques esprits bornés ?
Ce n’est autre qu’une opération de transformation du territoire urbain, compte tenu des irrépressibles développements du tissu urbain et des besoins citoyens en initiant sur un territoire déterminé, en l’occurrence la cité, des initiatives et des solutions concrètes dans la perspective d’un développement durable. Autrement dit, il s’agit d’une vision, de représentations où un écosystème de parties prenantes (gouvernement local, citoyens, associations, entreprises multinationales et locales, universités, centres de recherche, institutions internationales…) se trouve engagé dans une stratégie de développement durable en utilisant les nouvelles technologies (technologies numériques/ digitales en particulier) comme facilitateur pour atteindre ces
objectifs de durabilité (développement économique, bien-être social et respect environnemental).
La smart city évoque l’aboutissement de l’évolution de nos villes vers une approche de la société et des modes de vie plus respectueuses des ressources et des individus.
Une ville est intelligente quand les investissements en capitaux humains, sociaux, en infrastructures d’énergie (eau, gaz, électricité), de flux (humains, matériels, d’information) alimentent un développement économique durable ainsi qu’une qualité de vie élevée. Il désigne un type de développement urbain apte à répondre à l’évolution ou l’émergence des besoins des institutions, des entreprises et des citoyens, tant sur le plan économique, social, qu’environnementale.
Comme résultat immédiat de ces deux journées, il a été procédé au lancement d’un thinklab composé d’une dizaine d’intervenants représentant les institutions publiques entreprises privées, de start-up, de laboratoires de recherches et universitaires dans le but de construire une feuille de route stratégique de transformation pour les 30 années à venir, pour identifier un plan d’actions détaillé pour les 10 prochaines années. Il a été convenu d’identifier et de lancer un pilote « significatif » sur la ville de Bizerte en concertation avec les autorités locales. Tout cela dans le but de positionner Bizerte comme ville « intelligente », leader en Tunisie et une ville motrice pour les cités en Afrique. Faire de Bizerte un territoire à énergie positive pour une croissance verte.
Utopique, le projet de Bizerte Smart City ? Possible ! Il reste cependant que cette idée née dans l’esprit constructif de nos jeunes compétences mérite que l’on y adhère. Cela fera bouger et changer des choses. Cela fera que, même si une infime partie de ce projet verra la jour, il n’en demeure pas moins que Bizerte aura montré aux autres une manière d’accompagner les nouvelles manières de vivre par une transformation numérique majeure qui ne peut être ignorée. Bizerte doit saisir ces opportunités historiques pour créer les conditions d’une transformation digitale, d’un saut technologique et donc d’un développement basé sur l’exploitation intelligente des données collectées.
Les jeunes de l’Association Bizerte 2050 nous proposent une voie prometteuse de faire de Bizerte « une ville connectée » en vue de lui garantir ainsi qu’à son écosystème une accélération des échanges d’informations, la création de nouveaux services et un vivier de création d’emplois.
Nous nous devons de les soutenir et ils méritent notre préjugé favorable.
Et que les Bizertins ne viennent pas se plaindre d’avoir été oubliés par le pouvoir central, car comme ils déclarent « ce sont ses propres enfants qui réaliseront le progrès d’une ville, d’une région ». et que l’on soit persuadé aujourd’hui du désengagement ferme et délibéré de l’état et que le pouvoir décisionnel ne saurait tarder à passer aux instances régionales et locales. Alors travaillons ou laissons travailler pour le bien de notre cité, de notre région et préparons un avenir serein et heureux pour nos enfants

M. Bellakhal