Tunisie-Dominique Lagarde : «une révolution de palais est derrière la fuite de Ben Ali»

Dominique Lagarde, spécialiste du monde arabe et ancien grand reporter à l’Express, a répondu aux questions d’ « Affaires-stratégiques.com », site d’informations de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Un entretien publié à l’occasion de la parution de son ouvrage, co-écrit avec Nicolas Bea et intitulé « l’exception tunisienne. Chronique d’une transition démocratique mouvementée ».
Dans cet ouvrage, Madame Lagarde avance la thèse que la fuite de Ben Ali n’est pas seulement la résultante d’une montée en puissance de la pression populaire, ni de revendications sociales et politiques, mais qu’elle est sous-tendue par « une révolution de palais », l’entourage de Ben Ali qui pensant qu’il est plus raisonnable d’évincer ce dernier tout en veillant à garder le même système, y compris le parti unique. Mais, dit-elle, cette révolution n’a pas été possible, les forces révolutionnaires ayant imposé un changement de système.
Evoquant le rôle de la société civile, Mme Lagarde indique qu’il a été déterminant, les associations particulièrement féminines s’étant mobilisées pour imposer une politique de consensus, évitant de potentielles dérives des gouvernants qui pouvaient être génératrices de dangereux bouleversements sociaux et politiques. Le rôle de la société civile a été crucial et a évité que la Tunisie ait échappé aux douloureuses expériences de l’Egypte, de la Libye ou de la Syrie.
A la question de savoir si la situation économique et sociale peut hypothéquer la transition démocratique à l’œuvre en Tunisie, l’auteur a indiqué que tous les indicateurs sont en effet au rouge, mais que les années de transition sont par nature difficiles. Elle a indiqué que l’optimisme devait être de rigueur devant la tâche énorme qui attend le nouveau gouvernement.
Parlant des enjeux du second tour des élections présidentielles, Mme Lagarde parle de clivage entre modernistes et islamistes, un clivage qui divise le peuple et qui met en scène deux candidats qui ont une perception différente de l’Etat. BCE se présente, dit-elle, comme Bourguibiste, partisan de la politique des étapes et des petits pas, alors que Marzouki reprend à son compte les thèses youssefistes foncièrement nationalistes. L’autre clivage est apparu, selon elle dans l’aspect régionaliste du premier tour. Ce qui fait que ce second tour est particulièrement tendu et que les deux candidats ne se font aucune concession.


Quel futur pour la "révolution" tunisienne ? par IRIS-FRANCE

M. BELLAKHAL