Tunisie : la volonté politique entrave la justice transitionnelle

Sihem Ben Sedrine, présidente du Centre pour la justice transitionnelle, réapparaît sans doute à la faveur de l’affaire du « Livre noir » pour parler de la justice transitionnelle.

Elle a accordé au HuffPost Maghreb une interview dans laquelle elle reproche notamment au pouvoir son manque de volonté politique quant à l’ouverture des archives et la mise en place d’un travail de mémoire sur le passé dictatorial de la Tunisie au cours des deux régimes précédents.
Concernant « le Livre noir », la militante des droits de l’homme a indiqué qu’il a raté son objectif annoncé, à savoir le démantèlement du système de propagande de Ben Ali. La journaliste a souligné la nécessité de mettre fin à la loi de l’ « Omerta » de rompre avec les pratiques d’occultation de la vérité, le citoyen, dit-elle ayant le droit de savoir la vérité. Mme. Ben Sédrine déclare supposer que la parution de ce livre a été dictée par le fait que Moncef Marzouki [était] excédé par les campagnes de dénigrement qui le visaient et d’insultes qui le ciblaient en permanence.
Elle profite pour donner un coup de griffe au SNJT qui a été défaillant et qui a même protégé et défendu des mercenaires de la plume sous Ben Ali ainsi que ceux qui se rendent coupables de manquements à l’éthique professionnelle. L’ANC et le gouvernement en ont aussi pour leur grade qui ont passé à la trappe un axe clé de l’agenda de la révolution, qui est la justice transitionnelle, fragilisant ainsi le processus de la JT et ouvrant la voie, dit-elle à la restauration rampante de l’ancien système
Pour ce qui est du projet de loi sur la JT, en débat à la constituante, Mme. Ben Sédrine a mis en relief le retard, intentionnel selon elle, enregistré pour la présentation à la délibération de ce projet, ce qui dénote une absence évidente de volonté politique pour le traitement de cette question, accuse-t-elle. Mme. Ben Sedrine, dénonce, par ailleurs, toutes les modifications apportées au projet, lors de ses innombrables pérégrinations entre les commissions.
Evoquant la vérité et son établissement, Mme. Ben Sedrine a indiqué que la vraie difficulté réside non pas dans la recherche de preuves (qui ne manquent pas), mais dans l’accès aux documents d’archives publics et privés interdits « pour raisons de sécurité publique ».

M.BELLAKHAL