Tunisie : l’homosexualité, parlons en !

Une conférence sur le thème de « l’homosexualité : le rôle de la famille pour déterminer l’identité sexuelle de l’individu » s’est tenue vendredi 27 septembre au siège du ministère des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle.

Organisée par une association estudiantine, le « Club Campanella de la Psychologie », représentée par Chaima Trabelsi, et « Le Centre Doctor sexology » du sexologue Hicham Charif, la table ronde débute mal. Les organisateurs reçoivent un flot de critiques en raison du choix du titre de l’évènement, qui annonce déjà la couleur.
Le ministre des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle, Samir Dilou, a indiqué que l’homosexualité était une perversion nécessitant un traitement médical : « Nous vivons dans un pays avec des lois, une Histoire, des traditions et une religion. Avec l’article 230 du Code pénal, la loi tunisienne criminalise les relations homosexuelles ».
Toujours dans la condamnation de ce qui est considéré comme un phénomène à « combattre », M. Dilou a déclaré que la légalisation du mariage homosexuel ne peut être reproduite dans un pays arabo-musulman. Il indique que les deux recommandations adressées à la Tunisie par le Conseil des droits de l’Homme de Genève n’ont pas trouvé un écho positif. La première, relative à la dépénalisation de l’homosexualité par la suppression de l’article 230 « a été refusée ». La deuxième, concernant la non-discrimination sur la base des orientations sexuelles, est rejetée sur la forme, car non pertinente et sans fondement.
Moez Charif, chirurgien pédiatre et président de l’Association tunisienne de défense des droits de l’enfant, tentera d’expliquer les interactions entre différents facteurs déterminant le « sexe » (ressenti) de l’individu. Ainsi, selon lui, des facteurs géniques, hormonaux, toxiques, infectieux, environnementaux ou éducationnels sont autant de paramètres à prendre en compte dans l’orientation du « sexe » social de l’enfant.
Il a précisé, dans une déclaration accordée au site « Huffpostmaghreb.com », qu’en prenant des exemples d’anomalies sexuelles résultant d’une ambigüité dans la détermination des organes génitaux et donc du sexe de l’enfant, les individus ne naissent pas naturellement fille ou garçon mais cette orientation sera arrêtée par l’interaction des facteurs suscités : « On peut avoir une éducation qui va contre la constitution génétique et parfois même contre les organes internes d’une personne ».
Le médecin s’attardera ainsi sur le facteur éducationnel, indiquant qu’il revêt une importance capitale : « Par exemple, quand une femme veut une fille et qu’elle donne naissance à un garçon, elle pourrait avoir tendance à lui donner des qualificatifs et des surnoms féminins, lui mettre des rubans, etc., cela aura des répercussions plus tard. Il ne s’agit pas de culpabiliser qui que ce soit, le but est de comprendre avant d’accuser. Ceux qui auront compris que l’individu n’est pas responsable d’une orientation sexuelle qui dépend de nombreux facteurs, sauront qu’il n’y a personne à accuser. Mais s’il y a quelque chose à corriger, c’est nous-mêmes. On doit tous apprendre à s’accepter les uns les autres comme on est ».
Hicham Cherif tente de se défendre, se présente comme le premier sexologue tunisien et rejette toute accusation d’homophobie : « Je défends la liberté sexuelle. L’orientation d’un individu peut provenir d’un traumatisme d’enfance ».
Le « Doctor sexology » a expliqué que les causes de l’homosexualité sont nombreuses. Parmi elles, la famille joue un rôle central. Par exemple la violence d’un père à l’encontre de son fils peut être un facteur expliquant ce type d’orientation : « Nous pouvons citer l’exemple d’enfants violés par des adultes. Ils deviendraient, à la suite de cette expérience, plus enclins à avoir des relations homosexuelles en raison, du plaisir qu’ils auraient ressenti pendant le viol. Le plaisir de la sexualité peut survenir très tôt chez l’enfant ».

D.M