Tunisie : une diplomatie en pleine débandade !

Hatem M’rad, professeur de science politique, confie aux pages du Courrier de l’Atlas son constat des nombreux ratés et cafouillages de la diplomatie tunisienne à travers les différentes prises de position notamment d’Ennahdha et de la présidence de la République.

Après avoir énoncé les principes classiques de la diplomatie en général, à savoir la prééminence de l’intérêt supérieur de la Nation, mais également l’uniformité du langage qui garantit la crédibilité et inspire la confiance, l’auteur fait apparaître la difficulté de la Tunisie à respecter ces principes étant soumise à trois autorités centrales ayant chacune ses préférences diplomatiques. Ceci explique les remue-ménages de la diplomatie tunisienne depuis les élections du 23 octobre. Trois partis, plusieurs positions diplomatiques et cafouillage général, souligne le professeur. La diplomatie tunisienne est en pleine débandade, écrit-il, car, outre le désintérêt des hommes politiques pour la diplomatie, les dirigeants politiques n’ont pas d’expériences ni d’état, ni de politique étrangère. Et bien que la Tunisie possède un Institut d’études diplomatiques, elle n’a pas, en cette période délicate de transition, de diplomates chevronnés ou d’hommes d’Etat ayant une vision diplomatique claire, souligne-t-il, citant les exemples de Rafik Abdesselam, maladroit et peu diplomate et de Othman Jerandi, terne, peu connu et inexistant.
Indiquant que c’est dans les moments de grands troubles qu’on a besoin de bons diplomates, l’auteur salue la nomination par les Egyptiens d’El-Baradei, homme d’expérience internationale. En Tunisie, précise-t-il, les professionnels de la diplomatie ont été soit inexploités, soit brimés par la direction islamiste du département des AE où le gendre de Ghannouchi a causé des ravages insurmontables et commis des abus manifestes, signe d’amateurisme grossier. La présence de Rafik Abdesslem à la tête de la diplomatie tunisienne est une volonté de Ghannouchi qui voulait la diplomatie pour lui, pour avoir les mains libres avec le Qatar.
Parlant de Marzouki, le professeur évoque les ambiguïtés du président tunisien dans ses prises de positions diplomatiques.
La division de l’Etat en trois autorités nuit énormément à la diplomatie, soutient-il, et les déclarations des trois autorités partent dans tous les sens. En un an, le pays, rappelle-t-il, a perdu la confiance de la Libye, de la syrie, de l’Egypte, des USA, et nourri la méfiance de l’Union européenne et de l’Algérie. La Tunisie est en train de perdre ses alliés traditionnels, décrète Hatem M’rad, pour d’autres entités artificielles politiquement peu fiables, alors qu’elle avait comme tradition bourguibienne d’être l’amie de tout le monde.
L’auteur de l’article analyse, ensuite, les trois dossiers mal gérés par la diplomatie tunisienne à savoir l’extradition de Baghdadi Mahmoudi, l’affaire de la Syrie, enfin celle de l’Egypte qui ont fini par salir complètement l’image déjà bien ternie de la Tunisie. Des affaires pour lesquelles la Tunisie a pris des positions peu réalistes et nullement conformes aux intérêts supérieurs de la nation et correspondant bien peu à la marche irrésistible de l’histoire.

M.BELLAKHAL