Tunisie : création de valeur dans les établissements financiers

creation_valeur.jpgM. Anis Mnejja, Docteur en Finance (Banque d’Affaires de Tunisie) a récemment élaboré une étude sur la création de la valeur dans les établissements financiers.

Cette étude s’avère très pertinente dans la mesure où elle apporte des éclaircissements sur la manière de la création de cette valeur et les facteurs qui y ont contribué aussi bien pour les analystes financiers et les gestionnaires de fonds que pour les actionnaires et les fondateurs.
Voici l’étude en intégralité, publiée par "aiefbt.org" (http://www.aiefbt.org/) :
Les analystes financiers s’accordent sur le fait que la création de valeur résulte principalement d’un mix de facteurs qualitatifs et quantitatifs. Les facteurs qualitatifs sont principalement liés aux aspects stratégiques et organisationnels. Les facteurs quantitatifs touchent quant à eux à l’arbitrage financier, la croissance, la profitabilité. L’objectif de cette étude est d’examiner la création de valeur dans les établissements financiers tunisiens afin de comprendre la contribution de chaque facteur dans la création de la valeur totale.
L’analyse du poids des principaux facteurs et de leur contribution à la création de valeur totale permet une meilleure compréhension de la performance dans ces institutions et contribue ainsi à la réduction des asymétries d’informations qui existent entre les deux parties à savoir les actionnaires et le management.
A travers un modèle analytique développé par le département des études de la BAT, nous avons étudié la création de valeur sur un échantillon de banques et de compagnies de Leasing Tunisiennes sur les 3 dernières années. Le modèle permet la décomposition de la création valeur enregistrée en trois facteurs sous une forme additive à savoir la spéculation, l’effet de la croissance des revenus et l’effet de l’amélioration de la profitabilité.
La création de valeur: le souci majeur de l’actionnaire
L’objectif principal des actionnaires est la réalisation d’une plus-value en capital et créer ainsi de la valeur. L’étude de la performance réalisée est un élément important aussi bien pour les gestionnaires des fonds que pour les investisseurs institutionnels et les petits porteurs. L’analyse du poids des principaux facteurs et de leur contribution à la création de valeur totale permet une meilleure compréhension de la performance dans ces institutions et contribue ainsi à la réduction des asymétries d’informations qui existent entre les différentes parties prenantes à savoir les actionnaires, le conseil d’administration et le management.
La création de la valeur peut être identifiée à différents niveaux tout le long du processus de l’investissement qui peut être luimême divisé en trois périodes ; l’investissement, la période de détention et l’exit. La première période concerne l’acquisition.
Elle comporte la sélection et l’évaluation du titre. Cette phase est critique dans la mesure où elle constitue le point de départ de l’opération. Le prix payé pour le titre affecte sensiblement la performance future de l’investissement. Pendant la période de détention, les changements organisationnels, stratégiques et opérationnels, la distribution de dividendes et les opérations sur le capital affectent la création de la valeur du titre. L’exit consiste tout simplement en la cession de titres détenus.
La création de valeur: un mix de facteurs directs et indirects
La création de valeur dans les établissements financiers est liée à des facteurs directs et indirects. Les sources de création de valeur intrinsèque directes dépendent des facteurs qui contribuent à l’augmentation des cash-flows générés et qui affectent directement l’amélioration de l’efficience opérationnelle de l’établissement et/ou l’optimisation de l’utilisation de ses actifs.
Les facteurs indirects non liés à l’activité opérationnelle touchent les aspects stratégiques et organisationnels mais qui restent cependant difficilement quantifiables.
Les principaux facteurs de création de valeur intrinsèque sont l’accroissement des revenus et l’amélioration des marges. La réduction des actifs et l’optimisation de la structure du capital peuvent également conduire à la création de valeur. Une meilleure gestion des emplois et des ressources bilancielles, combinée à une gestion des risques de défaut et une maîtrise des charges d’exploitation et des provisions conduit naturellement à une amélioration de la profitabilité.
La croissance est mesurée par l’accroissement des revenus et résulte d’une stratégie marketing agressive et/ou d’une expansion du réseau. Les banques détiennent en général plusieurs filiales et procèdent parfois à la cession des filiales peu profitable et ce dans le but de se focaliser sur un marché spécifique. Certaines banques optent pour une stratégie de croissance externe et procèdent ainsi à des acquisitions d’autres banques en vue d’atteindre une taille critique et de bénéficier d’économies d’échelle ou d’une plus grande part de marché.
La création de valeur résulte également de facteurs externes (qui entre autres tiennent compte des facteurs intrinsèques) et plus particulièrement: La différence entre le prix d’acquisition du titre à l’entrée et sa valeur à l’exit est également l’un des éléments clefs de la création de valeur dans les établissements financiers. Cet arbitrage est exprimé en termes de variation entre les multiples de PER à l’entrée et à la sortie de l’actionnaire. Cet arbitrage financier peut être justifié par au moins trois raisons:
– L’évolution des multiples d’acquisition dans le secteur en question,
– La détention d’une information privilégiée,
– Le Market Timing.

M.H.D