Tunisie : le mariage coutumier et la prise de conscience

Sihem_Badi.jpgLes déclarations de Mme Sihem Badi, ministre de la Femme et de la Famille, continuent à faire quelques remous et à alimenter la polémique autant dans les sphères politiques que dans les rangs des organisations de la société civile.

Ses positions vis-à-vis du mariage coutumier (Orfi) et, par ricochet sur le Code du statut personnel -par principe inamovible acquis de la femme de la Tunisie moderne- ne manquaient pas d’équivoques, d’où une nécessité pour la ministre de s’expliquer avec clarté et franchise. Elle vient de le faire dans une interview accordée au journal « Al Maghreb ». La journaliste en a profité pour soulever d’autres questions relevant de ses attributions.
Mme Badi a confirmé que ses propos relatifs au mariage coutumier ont été mal interprétés (mais que ne parle-t-elle pas simplement !) et que le fond de son idée est contraire à ce qui a été écrit dans le journal « Ach-Chourouq ». Après avoir, dans un premier temps annoncé, sans ambages, que ce genre d’union relève de la liberté personnelle, la ministre a nuancé ses propos en se déclarant résolument contre, car il est annonciateur, dit-elle, d’un régime polygamique. Mais, il est surtout illégal et répréhensible. Après avoir doctement exposé les points de vue des exégètes dont certains soulignent le caractère légal au nom de la « Chariaa », Mme Badi indique que le mariage coutumier recèle les conditions de son échec et qu’en l’acceptant « une jeune fille abandonne consciemment ses droits et ceux de sa progéniture. » La ministre a réitéré « la volonté du gouvernement de renforcer les acquis du Code du statut personnel comme étant un acquis irréversible car garantissant les droits de la femme. Elle s’est félicitée de l’accueil que ses premiers propos ont reçu de la part de l’opinion publique voyant dans les réactions des hommes particulièrement un réflexe salutaire de refus. Elle a appelé à rester attentif et à lutter contre ce phénomène. Tout en jugeant son silence positif car ayant suscité une certaine prise de conscience elle rappelle sa volonté de réformer le CSP dans le sens de la consolidation des acquis de la femme et de la famille.
A une question sur les missions dévolues à son ministère en cette période transitoire, Mme Badi a indiqué qu’elle se propose de mettre au point une banque de données des innombrables compétences féminines tunisiennes dans les domaines intellectuel, économique, politique qu’il s’agira de valoriser, d’affecter dans les régions et d’exporter vers d’autres cieux. Cependant, s’inquiète-t-on, la montée des Salafistes pourrait constituer pour ce précieux acquis un péril certain. La ministre de la Femme nie une telle éventualité, la maturité du Tunisien s’opposant à une quelconque tutelle de n’importe quelle force politique et, plus rassurant encore, sa détermination personnelle à contrecarrer tout projet en ce sens.
Concernant le droit des femmes célibataires, la ministre a insisté sur le fait de la garantie et de la défense de ces droits qui se répercutent sur ceux des enfants. Car, a-t-elle précisé, l’existence de ces enfants nous interpellent et il appartient à la société civile et aux autorités de veiller à leur assurer les conditions d’une vie digne.
Pour ce qui est de la révision des articles du CSP appelant à réaliser l’entière égalité entre l’homme et la femme dont celle de l’héritage, Mme Sihem Badi a déclaré que l’on s’achemine plutôt vers des propositions de lois à adopter par l’ANC. Quant au niqab, la ministre a réitéré que son port relève de la liberté individuelle mais que les femmes intéressées se doivent de respecter les règlements régissant les établissements éducatifs et le jeu démocratique.

M.BELLAKHAL