Tunisie : une Constituante de la société civile ?

societe_civile_1.jpgLe rôle joué par la société civile est essentiel au fonctionnement de notre système démocratique, ainsi qu’à la protection des droits de l’homme. En contrôlant l’activité de l’Etat, la société civile agit comme un contrepoids nécessaire à son pouvoir.

C’est ce qu’a voulu démontrer M. Mohsen Marzouk, secrétaire général de l’Institution arabe de la démocratie, lors d’un débat organisé par la Voix de femme au centre culturel Néapolis à Nabeul
La société civile tunisienne s’est fait remarquer durant la dernière décennie par son dynamisme. Même si elle s’est investie dans divers domaines, surtout en milieu social et culturel, c’est son action au niveau politique qui est souvent mise en exergue. Au point que certains y voient souvent une substitution aux partis politiques d’opposition. « La société civile revendique sa place dans tous les débats politiques. Elle veut également jouer son rôle de contrôle de l’action gouvernementale. Le rôle n’est pas la conquête du pouvoir ou son exercice. La société civile ne doit donc ni s’inféoder au parti au pouvoir ni à l’opposition. Elle doit se mettre à équidistance des deux. Auquel cas elle perdrait sa force de groupe de pression et de contre-pouvoir impartial », a expliqué Mohsen Marzouk, militant pour les libertés et Président aussi de la commission exécutive du Kawakibi Democracy Transition : « Nous sommes encore au tout début du processus démocratique qui comporte lui-même plusieurs phases. La première est la reconstitution des légitimités politiques, notamment grâce aux élections. Ce qui implique la gestion de la diversité tout en sauvegardant l’unité nationale. C’est un équilibre assez difficile à opérer. La société civile constitue un important groupe de pression et de contre-pouvoir. Mais il faut se dire que cela peut s’éroder si la société civile ne contextualise pas ses actions en fonction des nouveaux enjeux de la société tunisienne. Cette société civile tunisienne a son mot à dire en participant pleinement à la promotion d’une citoyenneté active et réceptive aux exigences de la modernité politique ».
M. Marzouk estime que cette société civile doit se doter d’un statut participatif. Ceci lui permet d’être impliquée dans la définition des politiques, des programmes et des actions de la constituante. D’où l’idée de créer une Constituante civile par des composantes de la société civile. Cette instance qui se réunit en concomitance avec l’Assemblée nationale constituante aura à discuter et à débattre des travaux de cette Assemblée. Cette instance est inspirée des expériences des sociétés civiles dans le monde qui ont pris l’initiative, au cours de ces dernières années, d’organiser des forums parallèlement aux rencontres et aux grands sommets portant sur des questions internationales et régionales. Elle aura pour mission d’assurer la justice transitionnelle et pourra agir en groupe de pression en vue de transmettre à l’assemblée nationale constituante les propositions de réforme de la société civile.

alt

La réalité est que la société civile demeure encore à l’état embryonnaire. Elle doit maintenant bouger plus, toucher plus de couches sociales, dans les villes, les campagnes, les villages et là notre souhait c’est créer des constituantes civiles locales et régionales même à l’échelle d’un quartier ou d’une cité. Proposer et construire, tel est l’objectif de ce forum parallèle. C’est un vrai exercice démocratique pour dire qu’on est là et qu’on suit vos débats et vos propositions. Nous n’avons pas le droit de toucher à la légitimité de l’assemblée nationale constituante. Ainsi cette société doit mener un vrai combat pour une Tunisie meilleure respirant la liberté. Elle doit promouvoir les valeurs de citoyenneté et de démocratie. Ce projet, devait conclure M Marzouk, sera composé du même nombre de représentants siégeant au sein de la Constituante élue le 23 octobre et sera opérationnel d’ici une semaine.

societe_civile_1.jpg

M.Y

Crédits Photos : Rached Berrazaga