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Habib Sayah : l’économie tunisienne est loin d’avoir fait sa transition

Habib Sayah est un juriste tunisien et directeur de l’Institut Kheireddine, un centre de recherche qui veut promouvoir les libertés individuelles en Tunisie. Il dirige, également, Ground-Up Research, une société d’analyse des risques politiques et contribue aux travaux de l’Observatoire Tunisien de la Sécurité Globale.

Dans une interview accordée au journal « Contrepoints», il est revenu sur la récente nouvelle annoncée par The Economist qui a choisi la Tunisie comme « pays de l’année », qu’il considère comme « la brillante exception aux échecs du printemps arabe ». La Tunisie devient ainsi l’exemple politique à suivre.
Pour Habib Sayah, c’est le système politique tunisien que The Economist a consacré, et non pas l’économie tunisienne qui est encore loin d’avoir fait sa transition. « Ce que l’on a appelé printemps arabe en 2011 s’est soldé par un échec lamentable dans la quasi-totalité des pays concernés…Seule la Tunisie se distingue brillamment…La transition démocratique a survécu à de nombreuses crises (assassinats politiques et attaques terroristes…), mais grâce à un processus de dialogue national entamé sous l’égide du principal syndicat de travailleurs (UGTT) et de l’organisation patronale (UTICA), on a dépassé cette crise », a-t-il dit.
Selon M. Sayah, pour faire de la Tunisie un pays davantage libéral, la première réforme devrait consister à libérer le commerce intérieur. « Le lancement de n’importe quelle activité commerciale nécessite non seulement d’accomplir de lourdes formalités, mais aussi l’obtention d’autorisations administratives, licences, ou permis. Ce système d’autorisation préalable des activités commerciales étouffe le tissu économique tunisien, essentiellement composé de petites et micro-entreprises…L’État s’étonne aujourd’hui de l’ampleur du secteur informel tout en s’obstinant à maintenir les obstacles à l’entrée du secteur formel », a-t-il expliqué.
Il a ajouté qu’il est indispensable de réduire la taille de l’État. Cette mesure doit inévitablement passer par l’abolition des subventions aux produits de consommation courante et au carburant, qui grèvent le budget de l’État.
Autre chantier : la liberté des changes. Le Dinar tunisien n’est pas une devise convertible et les Tunisiens ne peuvent changer leurs Dinars en devises étrangères que sous des conditions extrêmement restrictives, notamment de faibles quotas annuels pour les particuliers ou les agences de voyage. « De ce fait, le Dinar a non seulement subi une chute galopante face à l’Euro et au Dollar US, mais son cours officiel n’est que virtuel puisque de nombreux tunisiens sont contraints de se procurer des devises sur le marché noir moyennant une prime importante. Cette dépréciation continue du Dinar affecte particulièrement les industriels contraints d’acquérir des équipements coûteux à l’étranger », a-t-il dit.
« En résumé, notre économie tente difficilement d’entrer dans l’économie du 21ème siècle avec un environnement réglementaire qui n’a pas beaucoup bougé depuis les années 1960 », a-t-il encore précisé.

M.Kh

 

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