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Tunisie : Vous avez dit journée de l’artisanat et de l’habit traditionnel ?

La journée nationale de l’artisanat et de l’habit traditionnel a été célébrée, dimanche dernier, à Bizerte après une éclipse qui a duré quatre années.

Cette célébration est (re)venue pour attester de « l’importance que revêtent les activités artisanales au sein des ménages de la région. » C’est que les valeurs d’authenticité et d’appartenance civilisationnelle et historique de la région demeurent toujours vivaces dans les esprits des Bizertins, dans leur acception la plus large.
En effet, selon les données de l’Office de l’artisanat, la région de Bizerte compte actuellement 5580 artisans sur les 350 mille recensés dans tout le pays. Les gammes de production couvrent diverses activités qui vont de la poterie berbère de Sejnane, en voie d’acquérir une consécration internationale, à la tapisserie de Bizerte (hélas, aujourd’hui totalement disparue), en passant par les costumes traditionnels des mariées (Raf-Raf) ou la broderie de la literie (Ras-Jebal).
Cependant, en visitant le stand d’exposition de l’Office de l’artisanat, sis au Vieux port de Bizerte, et réouvert pour la circonstance, force est de constater que les entreprises menées en vue de ressusciter de telles activités artisanales s’avèrent complexes et ardues. Pour preuve, il n’y avait au salon qu’une seule et unique tenue de mariée de Raf-Raf, vraiment traditionnelle exposée au regard des visiteurs et jalousement surveillée par la propriétaire. En fait, toute la production artisanale, si l’on excepte la poterie de Sejnane, elle-même affectée par « un vent de modernisme », semble être une copie conforme de ce que l’on aperçoit partout ailleurs, à savoir, une profusion d’objets en verre peint, des foulards en soie peints, des imitations peu réussies de caftans et djellabas d’inspiration marocaine ou moyen-orientale.
L’on avait la très désagréable impression d’un manque flagrant d’imagination et de créativité, une négligence du raffinement et du perfectionnement, un désir peu évident de recherche dans chaque ouvrage. L’on nous présentait même des produits industrialisés passés pour production artisanale. Et tous ces artisans et artisanes semblaient avoir agi, et nul ne saurait le leur reprocher, par mimétisme aveugle, donnant la nette impression de se complaire dans des méthodes de travail adoptées davantage pour leur commodité que pour la plus-value qu’elles procurent. Et l’on continue à accorder des cartes professionnelles, sans aucune condition que celle de « vouloir exercer telle activité ».
Doit-on dès lors s’étonner que nos articles artisanaux peinent à supporter la concurrence d’un artisanat marocain, voire syrien ou moyen-oriental. En fait, notre artisanat n’est aujourd’hui perçu et pratiqué que comme une source de revenu peu gratifiante, ce qui justifie le peu d’intérêt que l’on accorde à son perfectionnement et à son ennoblissement.

M. BELLAKHAL
 

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