Tunisie : le secteur privé contribue considérablement à la lutte contre la propagation du Covid-19

L’Utica, en coopération avec la FTH, l’IACE, la FTUSA, le CJD et le Conseil des Chambres Mixtes, a clôturé le 09 Avril 2020 un premier formulaire de recensement des contributions diverses du secteur privé face au coronavirus. Ce recensement vise à mettre en lumière les différentes formes d’engagement du secteur privé, en matière de soutien direct aux hôpitaux et personnel médical, d’innovation et de soutien technologique, de maintien de l’emploi et aides alimentaires, mais aussi de donations financières.

Afin de recenser et de valoriser ces contributions, un formulaire a été rempli par 213 représentants d’entreprises, de secteurs et de groupes d’entreprises. La valeur de chaque contribution en nature et ou financière a été indiquée par chaque répondant, la synthèse suivante a aggloméré le total et éclaire sur toutes les formes de contributions qui émanent de ceux qui ont répondu au recensement. Rares sont les entreprises qui n’ont contribué que d’une seule manière.

37.6% des entreprises sondées ont acheté des équipements, fournitures et médicaments pour les hôpitaux
De nombreuses entreprises ont directement soutenu les hôpitaux et le personnel de santé. On notera par exemple la prise en charge financière de 400 000 tests de dépistage à titre gracieux. En agglomérant les réponses de plusieurs intervenants, c’est plus de 250 000 bavettes qui ont ainsi été fournies, importées ou produites localement. Il en est de même pour les combinaisons et blouses. Certaines entreprises sont notamment en train de transformer des masques de plongée en respirateurs et ce à l’aide d’un brevet italien fourni par la Chambre Tuniso-Italienne de Commerce. Plusieurs ambulances ont été fournies, de même pour des respirateurs et équipements PCR et moniteurs de surveillance. Des gels et produits d’hygiène ont également été distribués pour le personnel de santé mais également les forces de l’ordre.

L’industrie pharmaceutique s’est mobilisée avec succès pour qu’il n’y ait pas de pénurie de médicaments malgré la forte demande de stockage d’une part et les perturbations logistiques internationales relatives à la disponibilité des principes actifs d’autre part. Les industriels se sont engagés sur d’importants dons de médicaments au profit des hôpitaux et à travers la Commission Nationale des dons par une initiative concertée pour une valeur à ce jour de 2,4 millions de dinars. Certains industriels ont adapté leurs lignes de production pour fabriquer de grandes quantités de solutions et de gels hydro alcoolique. D’autres industriels ont concrétisé avec succès le développement et la production des médicaments à base d’hydroxycholoroquine, se tenant prêts à une éventuelle demande. Les traitements à base d’azithromycine, complément à l’hydroxychloroquine, ont déjà été mis à disposition du ministère de la santé gracieusement.

On notera également l’initiative d’adaptation de l’industrie textile lui permettant de produire des masques de catégorie 1 à hauteur d’1 million de masques par jour. Ces masques lavables dits « barrière » vont être produits à un prix plafonné sur la base d’un cahier des charges afin de mettre à disposition de la population un masque réellement protecteur et à bas prix, en préparation de la fin du confinement.
Les exemples sont nombreux, et démontrent le lien fort qui s’est instauré entre les entreprises et les hôpitaux, soit directement soit au travers d’associations de la société civile.

15% des entreprises sondées ont indiqué avoir fait du soutien technologique et numérique
Les exemples vont de l’équipement de 100 ambulances en tablettes et navigateurs GPS, connectés à une cellule de crise du ministère de la santé, elle-même équipée en ordinateurs et softwares par ces mêmes entreprises. On notera également la mise à disposition du ministère de la santé et du gouvernement de ressources ingénieurs en développement ou conseil par plusieurs entreprises du numérique, mais aussi les centres d’appels pour des positions hotlines de diagnostic Covid-19, ou encore l’initiative en cours Sharek qui vise à équiper les étudiants des foyers modestes en ordinateurs et connexions leur permettant notamment l’accès au e-learning.

Les solutions mises à disposition comprennent également des plateformes de diagnostic en ligne du covid-19, des systèmes de visionnage à distance pour les salles de réanimation, des plateformes d’identification en temps réel des lits disponibles pour optimiser l’hospitalisation des malades identifiés. Parmi les innovations digitales, une plateforme de tracking et géolocalisation des confinés pour tracer les lieux et contacts potentiels.

Plusieurs solutions également ont été développées pour les achats et services en ligne mis à disposition des citoyens. Des solutions couplées à des formations pour le télétravail ont également été fournies par de nombreuses entreprises, afin d’accélérer l’adaptation nécessaire de nos opérations. Des réparations de respirateurs défectueux dans les hôpitaux sont effectuées par des entreprises spécialisées mais aussi des initiatives pour la fabrication d’équipements de sécurité anti-covid et des respirateurs sont lancées.

Plusieurs dizaines de propositions d’innovations technologiques et digitales sont formulées par des startups et entreprises numériques au Ministère de la Santé, des Affaires sociales, de l’Education, de l’Intérieur, soit directement soit à travers des Hackatons (concours) organisés par plusieurs acteurs. La mise à niveau technologique et numérique permise par l’engagement des entreprises a ainsi permis un saut qualitatif et d’efficacité dans la gestion publique de l’épidémie et de ses conséquences.

13% des entreprises sondées ont mis à disposition des infrastructures de santé et locaux pour le confinement
C’est 3037 chambres d’hôtels qui sont mises à disposition par le secteur hôtelier, dont 1014 sont déjà réservées et 2023 en cours, et ce dans la plupart des régions, sur la base du volontariat et à titre gracieux. Ces chambres sont utilisées aussi bien pour les confinés que pour le personnel médical en première ligne de cette épidémie. Les initiatives sont diverses, et de toutes les tailles : on notera par exemple plusieurs pressing et blanchisseries qui aseptisent les combinaisons de notre personnel médical, aux normes requises, et ce à titre gracieux.

Le secteur privé a également permis d’augmenter la capacité et les infrastructures existantes des hôpitaux, notamment par la construction en 15 jours d’annexes à des hôpitaux pour des centres Covid ou pour la réception de patients. Plusieurs cliniques privées ont également évoqué la mise à disposition de lits de réanimation et lits d’hospitalisation.

40.4% ont fait du soutien alimentaire
De nombreuses entreprises ont participé à des opérations conjointes de couffins alimentaires. Ces entreprises ont soit fourni l’Union Tunisienne de Solidarité Sociale, soit directement des associations caritatives, ou leurs employés comme aide et soutien social supplémentaire. Ces initiatives ont eu lieu dans la plupart des régions. On notera par exemple à Sfax la fourniture en plus de 10 000 couffins alimentaires, dans un partenariat entre l’Utica Sfax, le Rotary, sur l’initiative de chefs d’entreprises. Au total, c’est bien plus de 120 milles couffins alimentaires réalisés, en cours et programmés notamment pour le mois sacré de Ramadan, selon les réponses agglomérées.

45.5% des entreprises et secteurs sondés ont fait un don direct au fonds 1818
Les contributions financières ont été adressées à différents organismes : associations, mairies, organisations et fédérations, hôpitaux etc. 45.5% des entreprises ont également soutenu l’initiative 1818, souvent en complément d’autres types d’actions.

Valeur estimée des contributions :
Ce recensement a demandé à chaque répondant d’estimer la valeur des contributions fournies, qu’il s’agisse de mise à niveau numérique, d’achat d’équipements, de mises à disposition, de soutien alimentaire, et de soutien financier direct. Sur les 213 répondants, le total aggloméré de ces contributions est de 114 millions et 677 milles dinars. Il est à préciser que les contributions de trois banques privées, qui ont rempli ce recensement, sont comptabilisées dans ce chiffre global.

Capacité de maintien des salaires :
En cumulé, 93% des entreprises sondées au travers des 213 représentants, ont pu assurer les salaires du mois de Mars. 70.5% d’entre elles disent qu’elles pourront honorer les salaires d’Avril. 36.6% pourront honorer les salaires du mois de Mai, et seules 17.8% disent pouvoir honorer leurs salaires au-delà du mois de Mai compte tenu de leur situation. Notons que ce recensement s’est adressé en priorité aux entreprises souvent de taille moyenne et au-delà ayant contribué à l’effort contre le covid-19, et ne met pas en facteur la situation des TPE, entreprises individuelles qui constituent le socle du tissu économique. Néanmoins, la tendance fortement baissière sur ce point est claire, et démontre que ce mois d’Avril est un mois charnière pour la résilience des entreprises et à très fort risque pour l’emploi, notamment.

Anticipations de l’impact de la crise sur le tissu économique :
Au sujet des perspectives et de l’impact de la crise sur le tissu économique, 15% des sondées estiment qu’il y aura des dégâts, mais limités, anticipant que le tissu économique dans sa majorité survivra pour la relance. 13.1% estiment que nous assisterons à un fort taux de mortalité et de faillites dans le tissu économique.

Enfin, l’écrasante majorité des sondées (67.6%) indique que trop de secteurs seront touchés et que nous sommes face à un risque systémique et social majeur. Cette réponse, à la question de notre capacité de résilience malgré les mesures d’accompagnement annoncées, lorsque liée à la tendance observée des capacités de maintien des salaires, nous clarifie encore davantage sur l’ampleur des chocs mais aussi l’étendue des mesures à proposer et des adaptations à engager au sein de nos secteurs.

Image du parcours entrepreneurial :
92.5% des sondés estiment qu’il faut davantage investir dans l’image du secteur privé afin de faire aimer le parcours entrepreneurial et communiquer sur le rôle social des chefs d’entreprises. Cette image se consolide par la communication institutionnelle mais aussi le terrain.

  • Source : Recensement réalisé par l’Utica en coopération avec la Fédération Tunisienne de l’Hôtellerie FTH, l’IACE, la FTUSA, le CJD Tunisie et le Conseil des Chambres Mixtes
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