Transport aérien : Un nouvel aéroport au nord de Tunis s’impose

Dans une déclaration à une radio de la place, M. Radhouane Ayara, ministre du transport, a annoncé l’impérieuse nécessité du remplacement de l’actuel aéroport de Tunis Carthage. Il réitérait les déclarations de ses prédécesseurs du département des transports et du gouvernement qui reconnaissent l’obsolescence de cette mythique infrastructure aéroportuaire, devenu incapable de suivre l’évolution du trafic et les technologies nouvelles en matière de transport aérien.

Le rêve évanoui du port et celui naissant de l’aéroport
Les Bizertins avaient longtemps caressé le rêve de voir le port en eaux profondes réalisé sur terre, étant convaincus que rien ne saurait, en termes de critères objectifs, s’opposer à cette ambition. C’était sans compter avec une fantaisie arbitraire dénommée « volonté politique » qui est venue briser cette aspiration en décrétant que cette infrastructure d’envergure ne serait réalisée qu’à Enfidha. Les décideurs, soumis au diktat d’un puissant lobby sahélien mettait un terme au rêve des Bizertins. Ces derniers, tout en poursuivant bec et ongles la défense de leur projet, font preuve d’opiniâtreté en soumettant à l’appréciation des autorités gouvernementales rien de moins qu’un aéroport international qui viendrait remplacer celui, bien dépassé, de Tunis Carthage lequel ne peut accueillir, actuellement les avions gros porteurs, genre airbus A 380.

« Tunis Vision 2050 » pour le développement de la région nord
En février 2016, évoquant le plan quinquennal 2016-2020, le ministre des transports de l’époque soulignait l’impérieuse nécessité d’une mise à niveau majeure de l’aéroport de Tunis Carthage ou de son remplacement pur et simple. Saisissant la balle au bond, un groupe de jeunes cadres et étudiants qui s’étaient constitués en une association baptisée « Bizerte 2050 » annoncent avoir développé une approche intitulée « Tunis Vision 2050 » véhiculant des vues stratégiques relatives au développement du Nord de la Tunisie à travers des projets structurants et concernant le Grand Tunis, Bizerte et Béja. Parmi les composantes de cette approche figure, en place prééminente un aéroport international au nord de la capitale, assorti d’un aménagement urbain conséquent et, pour ne rien laisser au hasard, les montages administratifs, financiers et juridiques associés.

Des terrains de 2500 et de 3000 ha à Utique
Emboîtant le pas, et lors du forum « Bizerte Smart City » (Avril 2017), le gouverneur de Bizerte a indiqué que dans cette optique, les autorités régionales avaient proposé au ministère des transports que cet aéroport soit édifié sur le site d’El Mabtouh (Utique, Bizerte). Il avait ajouté qu’un lot de terrain vierge, d’une superficie de 2500 hectares et un autre de 3000 hectares avaient été proposés pour l’édification d’une telle infrastructure, dont l’impact socio-économique sur les cinq gouvernorats du nord ne laisse planer aucun doute. Pour sa part, l’OACA avait invité le ministère à étudier sérieusement cette proposition et à commencer l’examen des questions foncières.

Tunis Carthage , l’impossible extension
De l’avis général, l’extension ou le remplacement de l’aéroport de Tunis Carthage ne soulève aucune polémique. De nombreux problèmes environnementaux, urbanistiques et sécuritaires se posent avec une certaine acuité. Son développement demeure limité et les possibilités d’extension des infrastructures existantes sont restreintes. Il a été certes question d’un projet d’extension estimé à 700 MD, réévalué à 950 MD, et qui a failli être acté. , sans les conditions de la BEI approchée pour le financement qui a exigé une étude d’impact environnemental et sociétal. L’aéroport de Tunis Carthage ne peut être transformé en aéroport de demain eu égard aux contraintes déjà indiquées mais également et surtout pour une raison essentielle : qu’un développement de la desserte aérienne ainsi que l’économie nationale ne peut se faire qu’à travers un « hub » aérien moderne.

L’aéroport d’Enfidha ne peut-il être l’aéroport de Tunis ?
Selon les études menées par «l’association « Bizerte 2050 », la réponse est négative. C’est que, argumente-t-on, l’aéroport d’Enfidha est encore sous concession jusqu’à 2038 soit pour encore 35 ans. En outre, l’opération de transfert nécessiterait des investissements colossaux pour la création d’une infrastructure ferroviaire, routière et autoroutière (3000 MD). Cette opération implique également la création de nouvelles villes qu’il faudrait 50 ans pour être peuplées.

Tunis Carthage : un transfert inévitable
L’opportunité du nouvel aéroport est réelle. Il appartient aujourd’hui au gouvernement de prendre la décision la plus conforme et la plus courageuse. La proposition faite par les Bizertins de fournir des terrains situés à El Hesiane-bouhnach ou el Mabtouh, l’un et l’autre se trouvant entièrement sur le domaine de l’état, devrait permettre aux régions du nord du pays (le Grand Tunis-Bizerte-Béja) de se réunir autour d’une nouvelle aire économique commune et de créer un hub multimodal incontournable de transport et de logistique en zone MENA et en Méditerranée et assurer le transit des passagers et des marchandises entre l’Europe et l’Afrique. Des infrastructures portuaires (type port sec) et des zones d’activités industrielles à forte valeur ajoutée pourront être développées.
Le site devant accueillir le nouvel aéroport est situé entre les gouvernorats de Bizerte, La Manouba et l’Ariana. Il devrait avoir une capacité initiale de 10 millions de pax qui pourrait atteindre 20 millions à l’horizon 2050.

Que faire de Tunis Carthage ?
L’étude effectuée prévoit pour l’actuel aéroport international de Tunis une destination fonctionnelle. Il serait mis à la disposition d’une Société d’économie mixte qui en assurerait le réaménagement en évitant surtout de le vendre en contrepartie de la réalisation des nouvelles structures aéroportuaires. On y imaginera des aménagements urbains et paysagers à la hauteur des ambitions d’une Tunisie post-révolutionnaire, démocratique et moderne. Telle la création d’une smart city au cœur de la capitale. En somme une optique d’aménagement « durable » avec le développement d’espaces verts et de nouveaux aménagements urbanistiques pouvant accueillir quelque 500 mille habitants. Un projet qui devrait permettre à la capitale de se débarrasser des servitudes aériennes et donc de monter en hauteur afin de réduire l’hémorragie de l’étalement urbain et le grignotage des terres agricoles.
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M. Bellakhal

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