Le Football de la division et de la déviance

Des échauffourées ont éclaté, hier, mercredi 29 mars 2017 en début de soirée à Bizerte ville entre les forces de l’ordre et des centaines de supporteurs du club de football local, le Club Athlétique Bizertin (CAB).
Ces accrochages ont poussé les policiers à user de bombes lacrymogènes pour dégager le pont mobile, seul et unique accès à la ville et où s’était massée une foule imposante.
Ce rassemblement perçu comme menaçant pour l’ordre s’est constitué juste après le coup de sifflet final de la rencontre de football qui avait opposé le CAB au club local de l’US Tataouine dans le fief de ce dernier. Une joute qui devait se terminer en queue de poisson et qui avait vu les cabistes « grugés » d’une victoire évidente, sous la menace d’un public local survolté. Sous une pluie de cailloux dont ont été victimes l’entraîneur et des joueurs bizertins, les hooligans locaux ont contraint l’arbitre à reprendre le jeu, après une trentaine de minutes et alors qu’il en avait sifflé la fin. Une toute petite minute qui a permis à l’UST d’égaliser suite à un coup franc imaginaire et grâce à un but entaché d’une grossière faute sur le gardien cabiste.

bizerte-1-03-2017La situation du CAB au classement ne lui permettant nullement de concéder la défaite, la théorie du complot a vite fait son apparition et des cris s’étaient élevés pour dénoncer « une volonté délibérée » de rétrograder l’équipe en division inférieure. Les réseaux sociaux ont fini par exacerber un sentiment d’une intolérable injustice et a encouragé toutes sortes de dérives d’abord verbales. L’on a appelé au retrait pur et simple de l’équipe d’ « un championnat de m… », des appels assortis de propos où le régionalisme et le chauvinisme les plus exacerbés s’affirmaient avec force et qui avaient entraîné conséquemment des réactions de réprobation. La joute était transposée cette fois sur internet et engageait, dans un langage peu amène, une multitude de citoyens, dont nombre d’intellectuels, à s’échanger des accusations hostiles de particularisme local.
Beaucoup d’internautes ont cependant reconnu que cette situation était voulue par une majorité de politiciens qui usent de tous les moyens, notamment sportifs, pour supprimer tout sentiment d’appartenance nationale en alimentant le sens de la division, de la séparation, de l’inégalité, de la marginalité.
Il est fort à craindre que leur plan soit en voie de réussir.

M. Bellakhal

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