Inauguration officielle du port de plaisance de Bizerte

Samedi dernier, l’on a procédé à l’inauguration officielle du port de plaisance de Bizerte, une cérémonie qui a mis fin à un interminable feuilleton fait de contestations, de controverses, de débats stériles, voire d’assignations en justice.
Un bras de fer entre des personnes, se présentant comme représentant de la société civile et une société promotrice qui avait toujours clamé sa volonté d’examiner et de traiter les différents aspects des problèmes en suspens avec l’administration localeet son réel désir d’y trouver remède. Sans résultats probants, il faut le dire, les parties adverses décidées, l’une comme l’autre, à camper sur leurs positions.
Accueilli favorablement par la population qui y voyait une aubaine pour le développement touristique longtemps souhaité par la ville et une solution pour le problème de l’emploi qui touche les jeunes, le projet fait long feu et une bonne partie de la population, favorable au projet, assiste médusée à la suspension des chantiers, sur fond de sourdes réprobations plus ou moins déclarées. L’avènement de la révolution donne du grain à moudre à une frange ouvertement hostile au projet laquelle assistée par certaines associations de la société civile a pu amasser nombre de griefs dont les violations de l’environnement patrimonial et naturel ne sont que les parties visibles de l’iceberg. Tel qu’il n’a jamais cessé de le clamer, ce front ne veut, en réalité, ni plus ni moins que « la peau du projet ». Encouragé par des « irrégularités » ayant trait à des renouvellements d’autorisations de bâtir « omises » et d’occupation temporaire des espaces publics, ou encore à des changements unilatéraux dans la composition du projet (une résidence en lieu et place d’un hôtel !), « également pour des impacts présumés du projet sur l’environnement, les adversaires du projet assignent même les promoteurs en justice. Autant de mesures et démarches qui bloquent le projet pendant de longues années au cours desquelles l’on a assisté à nombre de changements à la tête de la société promotrice. La situation qui ne voyait pas sa fin s’est distinguée par un arrêt total des travaux sur les différentes composantes du projet dont le Nautilus, principal objet de discorde. La suspension des travaux a eu pour navrante conséquence que le fameux Nautilus ne présente plus, jusqu’à ce jour, qu’une imposante et disgracieuse carcasse de béton, dominant la vieille ville et un port de plaisance en grande partie achevé.
Les prémices du dénouement ont commencé à apparaître après de très nombreuses réunions où toutes les parties avaient manifesté leur détermination « à dépasser tous les malentendus » pour relancer le projet, chacun ayant « consenti quelques concessions », conscients qu’ils sont que ce grandiose projet touristique est, quoique l’on pense, appelé à « transfigurer la physionomie de la cité, de la région, partant (n’ayons pas peur des mots) du secteur de la plaisance dans tout le pays ». C’est que le projet de Marina Cap 3000 de Bizerte a été constamment présenté par ses promoteurs comme l’un des plus importants de la Méditerranée, celui-là même qui contribuerait dans une large mesure à résoudre les problèmes endémiques de l’hivernage de bateaux, en défaut de ports d’accueil dans les principaux ports de plaisance du nord de Mare nostrum. Cependant qu’étaient mis en avant les heureuses conséquences socio-économiques qui découleraient de la réalisation de ce projet. Conscients cependant que les solutions extrêmes ne sauraient servir le projet ni la ville ni la population, les parties prenantes n’ont jamais coupé les canaux de la communication ou des négociations, recherchant les moyens justes de ne léser aucun des antagonistes. Et la voix de la sagesse finit par prévaloir par la conclusion d’accords entre les instances municipales et associatives d’une part et l’administration de Cap 3000 d’autre part.
Samedi 28 mai 2016, pourrait être considéré comme une journée à marquer d’une pierre blanche pour Bizerte et pour le promoteur. L’inauguration du port de plaisance a été bel et bien célébrée sous le haut patronage du ministère du tourisme, après plusieurs reports qui avaient fait craindre le pire pour le projet. Une inauguration en grande pompe dont le faste est à la dimension des innombrables frustrations accumulées des partisans du développement de la cité, des désillusions des promoteurs échaudés par une expérience faite d’épreuves de forces face à une société civile de plus en plus influente.
Avec cette inauguration, faut-il conclure à la fin de ce feuilleton ?
En fait, non ! Cap 3000 n’est pas au bout de ses peines et les défis à relever sont légion. Trois autres composantes du projet doivent être nécessairement et rapidement mises en chantier : l’achèvement de la résidence Nautilus, la croisette, le chantier naval. Une reprise des chantiers interrompus, un démarrage des projets programmés, avec tout le sérieux requis, compte tenu des seuls intérêts de la ville ne peuvent que concilier le projet avec son environnement social, urbain, humain. Une telle initiative rétablira sans aucun doute une confiance sérieusement ébranlée mais restaurée en partie grâce aux bonnes volontés soucieuses du bien commun.

M. Bellakhal

Articles similaires