Journée internationale de solidarité avec la Palestine : une jeune palestinienne de 16 ans face à l’occupation et aux colons

En 1977, l’Assemblée Générale de l’ONU a demandé que soit célébrée chaque année, le 29 novembre, la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien. C’est en effet le 29 novembre 1947 qu’elle avait adopté la résolution sur le partage de la Palestine.

 Le 3 décembre 2001, l’Assemblée a autorisé le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien à continuer de promouvoir l’exercice de ces droits et à mettre l’accent sur la nécessité de mobiliser aide et appui en faveur du peuple palestinien. De plus, le 3 décembre 2003, l’Assemblée a exprimé son attachement à la solution des deux Etats et à l’application des résolutions du Conseil de sécurité. Elle a aussi souligné la nécessité du retrait d’Israël du territoire palestinien occupé depuis juin 1967 affirmant le droit des Palestiniens à l’autodétermination et au droit de créer leur propre Etat.
En Tunisie, à l’occasion de cette journée internationale, le FTDES organise, à la Maison de la Culture Ibn Rachiq à Tunis, le 29 novembre 2015, une importante réunion destinée à la réflexion sur « comment faire évoluer les actions de solidarité avec le peuple palestinien à la lumière des changements régionaux et internationaux ». Outre le FTDES, l’UGTT, les ambassadeurs de Palestine et du Venezuela, le syndicat des professeurs du second degré et des ONG prendront part aux travaux.
En France, la plateforme des ONG françaises pour la Palestine a pris l’initiative d’une lettre à M. François Hollande pour dénoncer notamment l’impunité dont jouit Israël en dépit des atteintes aux droits de l’homme qu’il commet quotidiennement vis-à-vis des Palestiniens… « lesquels ne reçoivent de l’Occident que des dons caritatifs qui financent indirectement la poursuite de l’occupation » comme le dit l’écrivain israélien Shlomo Sand (Lire Dr Rony Brauman, « Manifeste pour les Palestiniens », Editions Autrement, Paris, 2014)

«Slow war» ou une guerre tranquille
Pour marquer cette journée de solidarité avec le peuple palestinien, il est important de faire connaître les odieux crimes d’Israël qui mène une « slow war » (guerre tranquille) contre ce peuple, arrête des enfants de 10 ans, tire à balles réelles sur de très jeunes manifestants et a détruit depuis 1967, 27000 maisons palestiniennes.
Durant des décennies, Israël a créé un état de fait en Palestine ; expulsions, annexion, occupation, colonisation, répression et discrimination ont été imposées en toute impunité. Aujourd’hui les Palestiniens sont privés de leurs droits les plus fondamentaux : liberté d’expression, de circulation, de manifestation, droits économiques, sociaux, culturels, religieux, droit à l’éducation, à l’eau, à la santé et à la sécurité ou tout simplement à la liberté. Depuis octobre 2015, on déplore l’assassinat par Israël de 104 martyrs. Il est tout aussi important de souligner la résistance qu’opposent un peuple désarmé – et tout particulièrement sa jeunesse – depuis près 70 ans.

Aux Etats Unis mêmes, l’association « Jewish Voice for peace » (JVP) (Une Voix Juive pour la Paix) dénonce ce dimanche, les menées du conglomérat de « défense » britannique G4S qui gère pour l’occupant sioniste des prisons et des centres de détention qui ont permis d’arrêter, au cours des deux derniers mois, 1800 Palestiniens femmes, hommes et enfants. G4S a aussi un contrat de 22 millions de dollars avec l’ONU. Avec Adhameer, ONG palestinienne, JVP demande que l’on écrive à M. Ben Ki Moon pour mettre fin à ce scandale car « G4S a du sang sur les mains » affirme JVP

La désespérance d’Achrakat, 16 ans
Au triste et pauvre camp de réfugiés d’Askar*, près de Naplouse, l’imam des lieux, Taha Quatanani, le père d’Achrakat, raconte, maitrisant sa douleur et sa peine : « Elle s’est levée à 5 heures du matin comme d’habitude ce dimanche 22 novembre 2015 pour faire la prière. Elle s’est enquise de ma santé car la veille j’étais malade. Elle prit un petit déjeuner rapide, donna à manger au chat, mis de l’eau dans la cage du canari et, à 7h30 me dit qu’elle partait pour le lycée Cordoba. C’était une bonne élève, très populaire parmi les jeunes de son âge.».
En fait, Achrakat se dirigea vers le carrefour de Hawara, près de Naplouse et tenta de poignarder avec son couteau une Israélienne. Gershon Mesika, ancien dirigeant d’une colonie illégale en Cisjordanie, la renversa avec sa voiture, comme elle se relevait, et il lui logea deux balles dans le corps. Un soldat lui asséna deux autres balles et la voiture roula sur la jeune fille étendue par terre. Des colons lui tirèrent dessus aussi.
Achrakat est la fille de Taha Quatanani et d’Abla. Sa mère, Palestinienne née au Koweït, a vécu en Cisjordanie sans permis valable. En 2006, alors que sa fille n’avait que 4 ans, elle se rendit en visite chez ses parents en Jordanie. A l’époque, Taha était dans une prison israélienne pour ses activités politico-religieuses. Le départ en Cisjordanie d’Abla était en réalité une fuite devant les pressions du Shin Bet – les renseignements israéliens – qui voulaient lui soutirer des informations sur les activités de son mari. Abla planifiait de revenir à la libération de son mari. La levée d’écrou eut lieu le dernier jour de 2007. Mais Israël lui refusa tout retour, même pour une courte période pour voir son mari et ses trois enfants.

« Par son geste, ma fille a répondu à l’occupant » affirme Taha Quatanani.
Achrakat vécut neuf ans sans voir sa mère. De plus, comme son père était prisonnier, toute la fratrie vécut chez l’oncle Yassine.
Dimanche matin, Achrakat envoya un texto à sa mère lui demandant ce qu’elle préparait pour le déjeuner et ajoutant : « Nous avons été réveillé par le raffut de l’armée entrant dans le camp. L’intifada commence. J’espère qu’on finira l’année sans dégât » concluant son message par un « Assalamou alaykom ».
Gershon Mesika, le colon qui a écrasé la jeune Palestinienne, avait déjà été obligé de quitter ses fonctions au Conseil Régional de colons en Cisjordanie pour suspicion de corruption impliquant le parti d’extrême droite Yisrael Beiteinu de l’ancien ministre (d’origine moldave) Avigdor Liberman. En 2001, il avait écrasé au volant de sa voiture un Palestinien de 90 ans. Accusé d’avoir donné la mort par négligence, il avait été acquitté par la « justice » israélienne (Haaretz, 28 novembre 2015).
Taha Quatanani déclare aux journalistes de Haaretz : « Je ne vais pas supplier les Israéliens. S’ils veulent vivre en paix et en sécurité, nos enfants aussi doivent pouvoir vivre en paix et en sécurité ». Pour l’heure, suprême et vile vengeance, Israël n’a pas remis le corps d’Achrakat à sa famille. Pour son oncle Hassan : « Depuis que la famille Dawabsah a été brûlée vive à Douma, tous nos enfants suivent à la télévision ce qui se passe. Ils voient le comportement de terroriste des colons et celui de l’armée qui les soutient. Aucun respect pour les femmes ou les personnes âgées. L’humiliation est au plus profond de la tête de tout Palestinien. Ils voient comme nos femmes sont maltraitées autour de la mosquée Al Aqsa. Dans la tête de chacun s’installe le feu d’un incendie. Ce qui n’est bon ni pour nous ni pour les Juifs. Cela risque de faire un énorme incendie ». Quant au voisin Khalèd Abou Hashi qui habite comme les Quatanani au camp d’Askar, il ajoute : « Les israéliens sont en train de semer profondément la haine ». Son fils Noureddine est en prison depuis un an. Il avait poignardé à mort un soldat israélien. Il n’a pas été autorisé à lui rendre visite même une seule fois. Il s’attend à ce qu’Israël démolisse sa maison.
En cette journée de solidarité nationale avec le peuple palestinien, qu’attend la communauté internationale pour s’élever contre ces punitions collectives dignes de la Deuxième Guerre Mondiale et condamnées par le Tribunal de Nuremberg, et pour mettre fin à ces tueries visant les jeunes Palestiniens ?
En attendant, le peuple palestinien résiste et exige son droit à la vie.
Il est encore et toujours là.
En dépit des 200 bombes nucléaires d’Israël et de la 4ème armée du monde, équipée par les Américains.

Mohamed Larbi Bouguerra

*Rappelons que 400 villes et villages palestiniens ont été détruits et « dépeuplés » en 1948 (Gilbert Achcar in Manifeste pour les Palestiniens de Rony Brauman, p. ¬65).

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