Rebondissements dans l’affaire des nuisances de Tunisie-Sucre de Bizerte

Le cas de la sucrerie de Bizerte, quoiqu’en discrétion, continue à défrayer la chronique, aussi bien dans les milieux des associations de protection de l’environnement que parmi l’opinion publique.

L’on s’émeut de voir que les présomptions des nuisances visuelles, sonores et chimiques provoquées par l’usine, implantée sur les bords du canal de Bizerte, n’aient pas été prises en compte et que curieusement l’affaire est en voie d’être étouffée. Soulevée par notre journal, (lire notre article), la question a été largement partagée et débattue sur les réseaux sociaux notamment. Elle a en tout cas suscité la réaction du directeur technique de Tunisie-sucre qui a publié un commentaire explicite dans lequel il récusait les remarques faites quant à la pollution du lac, aux bruits émis et à la fumée opaque dégagée dans l’atmosphère.
Pour M. Mohamed Ali Ben Gaïed Hassine, qui ne nie pas l’existence d’anomalies, celles-ci seraient dues aux essais des équipements, notamment de la chaudière qui doit être essayée en pleine charge, c’est-à-dire à 100T/h de vapeur. Ces essais engendrent au démarrage bruit et fumée. L’ingénieur assure que ce genre de nuisances visuelles et sonores a complètement cessé depuis plus de 2 mois. Concernant les rejets présumés chimiques déversés dans les eaux du canal et visibles sur photo satellite, le directeur technique présente l’argument que TUNISIE SUCRE a investi dans une station d’épuration des eaux de rejets pour une enveloppe d’environ 2.2 millions de Dinars. Cette station est en cours d’essai par des spécialistes Italiens. Les analyses des eaux de rejet ont donné une Demande Biochimique en Oxygène (DBO5) de 1600mg/l, mesure qui indiquerait, selon notre ingénieur que l’eau marine du canal n’est pas considérée comme très polluée au point de constituer une cause de catastrophe écologique. M. Belgaïed Hassine admet que le refroidissement par eau de mer des échangeurs engendre une eau mousseuse sans charge organique qui donne impression sur photo satellite de pollution « mais, affirme-t-il, il ne s’agit que de mousse. »
Ces explications ont fait bondir un expert lequel, dans une correspondance privée, dont nous avons copie, réfute ces thèses en gros et en détail. Pour notre expert, la DBO5 de 1600mg/l dégagée en sortie d’usine correspond à plus de 50 fois à la valeur limite de pollution admise par la règlementation en vigueur qui oblige à un rejet de 30mg/l. ce qui est, fait-il constater énorme. La pollution annoncée et les rejets sans aucun traitement de produits dans les eaux du lac correspondent d’après notre analyste àceux d’une ville de 14 000 habitants. « Cela va causer de gros dégâts à la faune aquatique et sur les élevages des pêcheurs », avertit-il. Et notre expert d’argumenter que sur la base de 435 m3/j (valeur de design), la pollution engendrée par Tunisie-sucre est d’environ 7.00 kg de DBO5 soit 14000 habitants (50 g de DBO5 /habitant). Notre analyste nuance cependant ses propos. « Mais pour autant, dit-i, il ne faut pas pour l’instant jeter la pierre à la station d’épuration, car peut être n’est-elle pas encore en service (ce qui est le cas). Et si toutefois elle le sera prochainement, alors les charges de pollution seraient supérieures à ce que la station elle-même est capable de traiter. » On ne peut le savoir que si on effectue une campagne de mesure en entrée de station… « .mais cela est impossible à réaliser », ajoute-t-il.
Et de conclure : « Contentons-nous de dire pour le moment qu’une pollution importante de plus de 50 fois la limite autorisée et équivalente à une ville de 14000 habitants est en train de polluer toute la zone aquatique du lac de BIZERTE avec des conséquences très graves pour l’environnement et surtout pour les revenus des pêcheurs…. »
La balle est à nouveau dans le camp des techniciens de Tunisie-sucre. ils devront s’évertuer à fournir les explications satisfaisantes à une population tourmentée par cette nouvelle donne. Car pour l’écrasante majorité des gens, l’équation développement-écologiedoit être respectée et que nul projet, aussi rentable soit-il ne saurait se concevoir au détriment de la nature et du développement que l’on veut durable.

M. BELLAKHAL

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