Tunisie : la barbarie et la violence ne sont pas réservées à un pays, une religion ou une communauté !

«Un peuple très barbare peut être fort doux, et un peuple civilisé fort barbare». (Prosper Mérimée)

Le sauvage attentat contre de paisibles estivants à la plage d’El Kantaoui, à Sousse, le 26 juin 2015, a révulsé les Tunisiens et toutes les personnes attachées aux valeurs humaines de justice, de liberté et de dignité. Notre pays avait déjà vécu l’affreux drame du Musée du Bardo en mars dernier. Mais à travers le monde, les drames sont hélas légion et le sang coule à flots dans de nombreux endroits… Un doigt accusateur pointe pourtant exclusivement l’Islam et la culture arabo-musulmane…comme vient de le faire par exemple le Premier-ministre français, M. Manuel Valls, qui parle de «guerre de civilisation»…. mais l’allusion est claire.
C’est aller vite en besogne!
Le mot de Nietzsche est hélas toujours d’actualité, Monsieur Valls: «Ce que nous appelons ‘’civilisation supérieure’’ repose sur l’approfondissement et la spiritualisation de la cruauté. Cette bête féroce n’a pas été abattue, elle vit, elle prospère».
Comment oublier en effet les incessants drames que vivent les écoles, les universités et même les églises aux Etats Unis où nul ne peut s’opposer au lobby des armes à feu? Comment oublier l’assassinat, il y a tout juste vingt ans en ce mois de juillet 2015, de 8372 Bosniaques musulmans à Srebrenica dans l’ex-Yougoslavie? Comment oublier le 27 juillet 2011 et les soixante-dix-sept victimes du sanguinaire Norvégien Anders Behring Breivik? Comment oublier l’attaque de Bordure Protectrice et les atrocités commises il y a tout juste un an, ce 8 juillet, à l’encontre de la population de la Bande de Gaza par la soldatesque sioniste dont les chars, les F-16 – avec plus de 6000 frappes aériennes – et les armes sophistiquées ont dévasté cinquante jours durant- écoles, hôpitaux, mosquées, habitations (18000 maisons détruites) et emporté la vie de 2251 personnes – dont 1462 civils et 17 journalistes palestiniens- en «jetant la justice à terre du bout de leurs épées» comme disait le poète latin Ovide?
L’occupant israélien tue en fait quotidiennement des Palestiniens – surtout les jeunes- sans que les médias ne s’en émeuvent… alors qu’ils nous gavent des affreux crimes de Boko Haram et des horribles décapitations des autres fanatiques pseudo-musulmansà travers la planète. Il est clair que la presse et les autres médias exercent un silence coupable sur les atrocités commises par les occupants israéliens… qui s’en prennent même aux églises, comme cela a été le cas le 18 juin 2015 avec celle de Tabgha en Galilée, incendiée par des juifs fanatiques (La Croix, 30 juin 2015).
Dans les flots de sang palestinien que verse continuellement et impunément Israël, le cas de la famille Kosba est particulièrement douloureux, émouvant et révoltant à la fois**.
Voilà comment la présente, sous le titre: «Peine de mort pour les lanceurs de pierre», le journaliste israélien Gideon Levy dans l’édition en anglais du quotidien Haaretz du 4 juillet 2015:
«Le colonel Yisrael Shomer déclare qu’il ignore qui il a tué vendredi matin à A-Ram et je doute que cela l’intéresse de le savoir. Je veux lui dire qui il a tué mais voyons d’abord comment cela s’est passé. La jeep du commandant de la Brigade Benyamin a été attaquée par des jets de pierre qui en ont brisé le pare-brise sur une route de Cisjordanie. Shomer sortit de sa jeep et, avec l’aide de ses braves soldats, ouvrit le feu avec des balles réelles sur les lanceurs de pierres. La personne tuée avait reçu trois balles: à la tête, à l’épaule et au dos. Le colonel prétend que sa vie était menacée. L’armée affirme que les procédures ont été respectées s’agissant de suspect détenu (même si les trois balles ont atteint la partie supérieure du corps). » Gideon Levy ne se fait aucune illusion: «si jamais une enquête était ouverte, elle sera vite close car il n’est pas dans l’intérêt public de la poursuivre ou bien pour absence de culpabilité. Pourquoi? Qu’est-il arrivé ? Le commandant voulait tout simplement faire passer à ses soldats un message qu’ils connaissent depuis longtemps: le sort d’un lanceur de pierres palestinien est la mort.
C’est cet esprit qui domine au sein de la Brigade Benyamin, au sein des forces armées israéliennes et au sein du peuple d’Israël.
Le colonel Shomer avait tué Mohammed Kosba. Il y a treize ans, j’avais écrit à propos de son père: «Sami Kosba est un homme brisé maintenant…perclus de chagrin. Il a perdu deux de ses enfants en l’espace de quarante jours. Endeuillé à la puissance deux».

Les deux frères ont chacun survécu une semaine à peu près avant de mourir dans le même hôpital, à Ramallah. Yasser d’abord, tué à dix ans, par une balle dans la tête tirée à bout portant lors d’un incident de jets de pierre en Cisjordanie. Près du camp de réfugiés de Qualandia où sa famille vivait dans le dénuement. Yasser a été tué alors qu’il fuyait les soldats. Il a trébuché et est tombé. Ils lui ont tiré une balle dans la tête alors qu’il était par terre selon les témoins. Le porte-parole de l’armée israélienne a osé déclarer à l’époque que ce gosse de dix ans était « l’instigateur en chef ».
Alors que la période de deuil de quarante jours pour Yasser s’achevait, les soldats de l’armée israélienne ont tué son frère Samer. Il avait lancé des pierres sur un tank israélien près de la Mouqata assiégée à Ramallah à l’époque du Président Yasser Arafat. C’était lors d’une manifestation de soutien et de solidarité avec ceux qui étaient à l’intérieur du complexe. Samer a été tué à l’âge de quinze ans. Il a reçu une balle dans la tête, à bout portant, comme son frère, quarante jours plus tôt. « Samer ? Encore une balle ? De nouveau en pleine tête ? », demandait, incrédule, son père….
Peu de temps après, je me suis rendu au domicile de Sami – propriétaire d’un kiosque délabré près de l’école du camp de réfugiés. Il y avait là les deux fils qui lui restaient : l’aîné, Thamer et le petit Mohammed qui avait alors trois ans.
Cinq années plus tard, Thamer aussi a été très sérieusement touché par le feu des forces armées israéliennes. Il avait dix-huit ans quand cela s’est produit et il travaillait de nuit dans un supermarché. Aux dires des témoins, il a reçu une balle dans le dos sans la moindre raison alors qu’il lavait, avec une lance à eau, le sol du magasin. Après le tir, il a été arrêté par les soldats – peut-être pour maquiller ce tir sans raison. L’activiste israélienne Aya Kanyuk lui a rendu visite à l’hôpital Hadassah à Jérusalem. Il lui a raconté que les soldats qui lui ont tiré dessus l’ont aussi battu. Son état était très grave mais il était enchaîné à son lit, avec l’accord des médecins. Son père n’a pas été autorisé à lui rendre visite durant quelques jours. Thamer a survécu.
Voilà venu le tour de Mohammed qui a vécu toutes ces horreurs à l’âge de trois ans. Les soldats l’ont tué, lui aussi. La vie du commandant de la brigade était en danger. Les procédures d’arrestation ont été respectées. Les pierres tuent. Terrorisme. Israël est face à une menace existentielle. Le monde est en train de délégitimer Israël. Les forces armées israéliennes sont les plus morales du monde ». Ovide encore : « Plus féroces que les loups ces barbares, ils sont à peine dignes du nom d’hommes ».
Plus près de nous, Edward Saïd affirmait que si les Israéliens ont si peur des Palestiniens, c’est pour ce qu’ils leur ont fait subir.

Mohamed Larbi Bouguerra

**L’éditorial du New York Times (23 juin 2015) suite à la publication du rapport des Nations Unies sur la guerre de Gaza de l’été 2014 se conclut ainsi : « Israël a le devoir et devrait avoir le désir d’ajuster ses politiques militaires pour éviter les morts de civils. Israël doit aussi demander des comptes à ceux qui sont responsables de ces décès… ».
 

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