Tunisie-Ghannouchi à une radio française : «les laïcs et nous pourrions être dans le même parti»

Dans une correspondance diffusée mardi 16 juin 2015, Bernard Guetta, de France Inter, a rapporté un entretien que lui a accordé Cheikh Rached Ghannouchi, le chef de file des islamistes tunisiens et président du mouvement Ennahdha.

Le chroniqueur dit avoir été reçu aux bureaux du parti, à Montplaisir, « qui ont doublé de volume », où « ça grouille de monde ou, plus précisément, de jeunes cadres bien mis, polyglottes et bardés de diplômes ». M. Guetta préfère éviter l’emploi du vocable « islamiste » qui selon lui « ne veut rien dire tant il recouvre de réalités différentes » et peut-être d’ambiguïtés. Au siège d’Ennahdha, M. Guetta n’avait pas l’impression d’être dans les locaux d’un parti politique, plutôt dans «la direction d’une grande banque, avec « secrétaires de direction, décor soigné et assistants aux allures de ministres. »
Dans cette chronique intitulée « Ce qu’est un islamiste tunisien ? », le journaliste dit avoir été reçu par un « homme à la courtoisie britannique » qui lui aurait assuré que rien ne le sépare des laïcs tunisiens et qu’en fait « [ils] pourraient, un jour, être dans le même parti, qu’[ils] (les islamistes) sont plus attachés, certes, aux traditions religieuses, plus soucieux des plus pauvres, mais qu’[ils] pourraient être, oui, dans le même parti ».
M. Guetta dresse cependant un tableau des différences entre les deux partis telles que décrites par le Cheikh qui, d’après lui et, contrairement aux laïcs, « vit et pense dans une ambition d’unité musulmane ou, du moins, arabe ». Le leader islamiste aurait confié à M. Guetta que les islamistes et les laïcs tunisiens étaient mieux placés que les Européens pour s’unir. « Nous avons la même langue, la même religion et de longs moments d’unité » aurait argué M. Ghannouchi qui aurait ajouté « notre unité est en marche, dans les chaos les plus terribles, mais qui n’ont rien de pire que ceux de la révolution française »
Cette unité débouchera, aurait expliqué le président d’Ennahdha, sur une démocratie du monde musulman que, lui, il respecte. M. Guetta prête à celui qu’il présente comme un nassérien dans sa jeunesse, des ambitions de réaliser l’unité arabe et que l’islam « n’est pour lui qu’un moyen de poursuivre cet objectif ».

M. BELLAKHAL

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