Tunisie : la Médina de Bizerte se meurt sous le regard insouciant de ses habitants

La Médina de Bizerte, enserrée entre des remparts imposants dominant le Vieux port est un témoignage toujours vivant du passé glorieux de la ville arabe.

Tous les citoyens bizertins en sont conscients et fiers. Ils sont également conscients que cette partie de la cité, abandonnée par les siens pour des séjours moins archaïques, promotion sociale oblige, est en lente mais sure déliquescence, sachant que ses nouveaux occupants issus, pour la plupart, des mouvements de l’exode moderne, sont davantage tracassés par des considérations autrement plus vitales que le bon état des lieux, de leur esthétique. Aussi, le cœur doit être bien accroché pour ne pas vaciller face aux nombreuses et diverses agressions infligées à ces lieux hautement historiques. Procéder à des comparaisons avec les médinas de Hammamet, de Sousse, de Mahdia, de Nabeul …ne peut qu’alimenter l’amer sentiment de la marginalisation et de l’abandon par ses enfants et par les organismes officiels et officieux du Bizerte historique.
Le seul fait que l’on ferme les yeux sur des aberrations architecturales et décoratives, telles que des fenêtres en aluminium, est en soi révélateur d’un esprit laxiste, coupable et condamnable, alors qu’il relève du délit pour les entrepreneurs de ces travaux. L’on ne saurait, en ces temps de souveraine malpropreté, que pleurer à chaudes larmes face aux tas d’immondices qui vous barrent le passage à chaque coin de ruelle. Faut-il incriminer l’Association de sauvegarde de la médina dont l’autorité ne pèserait pas une once face à l’agressivité régnante de gens prompts à jeter la faute sur l’autre et particulièrement sur les autorités, comme si elles étaient l’auteur de ces atteintes volontaires à l’environnement et à la propreté.
« Inspiré », le gouverneur a fait un tour en ces parages. Il n’a pu que faire le triste constat de la douloureuse situation de la vieille ville et a manifesté sa répugnance pour l’état de dégradation dans laquelle ont plongé la médina de Bizerte, ses monuments, son infrastructure… En fait, cette descente de la médina de Bizerte aux enfers a débuté depuis les années soixante-dix, s’est assidûment poursuivie et aggravée dans l’indifférence générale. Et l’on semble être arrivé à un point de non-retour, car les solutions envisagées, si tant est qu’on aimerait en trouver, ne sauraient restituer à la médina son lustre d’antan, son charme suranné, ses attraits distinctifs.
De temps à autre, de loin en loin, nous viennent des informations d’outre-méditerranée, nous avisant que des organisations ont programmé une action pour réaménager, restaurer, rénover des parties de notre médina que nous avons contribué, jour après jour et avec constance, persévérance, persistance, entêtement, à dévaster et à endommager, à défigurer et à enlaidir.

M. BELLAKHAL
 

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