Andreas Gross : « l’avenir de la Tunisie passe par la décentralisation »

Du 14 au 17 mai 2015, se tient à Tunis le Forum Mondial sur la Démocratie Directe Moderne sur le thème « la décentralisation par la participation ».

Organisé par l’Université de Carthage, l’UGTT, le forum enregistre la participation de partenaires internationaux dont notamment Swissinfo, Democracy International et Institute for democracy and electoral Assistance (IDEA). L’organisation d’un tel forum a été dicté, selon Lassaad El Asmi, président de l’Université de Carthage, par le grand défi posé à la Tunisie postrévolutionnaire consistant à faire face à l’élaboration de l’arsenal des lois et des législations régularisant les conseils régionaux qui représentent le mécanisme pour la participation des citoyens et la base de la démocratie directe et participative.
Après la première journée, M. Andreas Gross, historien, politologue et spécialiste des questions de démocratie directe a accordé un entretien à Swissinfo. Grand connaisseur de la situation en Tunisie, ayant eu entre autres missions à surveiller les élections de 2014, M. Gross estime que le pouvoir doit être partagé avec les communes et les provinces. Mais pour le moment, dit-il, « ces dernières ressemblent plutôt à des coquilles vides dont les structures doivent être remplies ».
Face à une situation économique difficile, M. Gross pense que ce forum peut représenter un signe d’espoir et d’encouragement pour cette révolution démocratique arabe qui soit la seule à avoir connu le succès. « La décentralisation par la participation » est à la fois le mot d’ordre de la Constitution et le titre du Forum. Il pose la problématique de la nécessité de réaliser une plus grande autonomie des communes et des régions. Andreas Gross souligne le caractère extrêmement centralisé des structures de l’Etat et lui associe un manque d’expérience en matière d’auto administration au niveau local et régional. La Tunisie, souligne-t-il, a repris le système centralisé et hiérarchisé de la France coloniale, ce qui pourrait expliquer les disparités énormes entre les régions en matière de perspectives de vie. Les expériences en matière de démocratie directe et de fédéralisme peuvent, selon lui, aider le gouvernement actuellement penché sur l’énorme tâche de changer la qualité de vie des régions. Par la répartition du pouvoir, précise M. Gross, car, plus les problèmes sont résolus à un échelon proche des citoyens, meilleur est le résultat. Dans ce processus de répartition du pouvoir, M. Gross reconnaît à la Tunisie l’existence d’une participation aux décisions, mais elle est toute relative et surtout ressemblent à des « coquilles vides devant être entièrement remplies ». Mais , admet-il, ceux qui ont le pouvoir n’étant pas disposés à le partager, il faut la pression du peuple. En outre, lors des prochaines élections régionales, poursuit-il, il est important de n’élire que ceux qui portent l’idée révolutionnaire et qui font avancer la décentralisation.

M. BELLAKHAL
 

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