Tunisie : la colère à Bizerte étouffée

La commémoration du 51ème anniversaire de l’évacuation à Bizerte aura été une occasion renouvelée pour un hommage aux martyrs et pour une « fatiha » récitée en leur mémoire en présence des trois présidents.

Bien auparavant, et pendant une bonne quinzaine de jours, les autorités locales s’étaient évertuées à transformer le visage de la ville, plutôt du parcours des cortèges officiels, de telle manière que tout visiteur empruntant cet itinéraire ne peut que conclure à la parfaite qualité de l’environnement et de l’hygiène de la ville.
Les Bizertins pensaient pouvoir dorénavant dissocier la date du 15 octobre de ces campagnes soutenues de « remise en état » purement conjoncturel. Tous sont persuadés que les seuls moments où la ville prend sa toilette se situent invariablement le jour de la commémoration de l’évacuation. Or, il n’en est rien et la vieille routine semble devoir se perpétuer.
Pour cette raison et afin de rompre avec ces habitudes qui sont autant d’obstacles au changement, quatre associations de la société civile avaient décidé de faire de cette journée des martyrs une journée de la colère. Colère pour la situation catastrophique de délabrement de l’infrastructure et des équipements collectifs, colère pour la situation sanitaire et hygiénique préoccupante de la cité, colère pour « la marginalisation de la région et son exclusion des projets du gouvernement » et colère pour un nombre de griefs aussi logiques et pour une pléthore de problèmes qui n’ont pas trouvé une oreille attentive ni, par ailleurs, ému les élus de la région.
Hélas pour les organisateurs de cette « journée de la colère » ! Ils n’auront pas le droit de « faire entendre leurs voix ni celles des citoyens ». En effet, ils ont été tout simplement sommés de renoncer à cette manifestation et de signer des engagements individuels et collectifs à ne plus y penser, selon Yassine Annabi, président de l’association DERB. Cette manifestation a été remplacée par des brassards rouges, alors que devant le mausolée des martyrs, un rassemblement, dont on dit qu’il était spontané, est parvenu à donner de la voix et à s’exprimer dans les médias.
Pourvu qu’ils soient entendus !

M. BELLAKHAL
 

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