Tunisie : un différend entre l’UGTT et Mehdi Jomâa relance le débat sur le pluralisme syndical

L’UGTT vient de signifier par une missive au ton rugueux au Chef du gouvernement, Mehdi Jomâa, son ras-le-bol quant à l’acquiescement du gouvernement d’entrer en négociation avec des organisations syndicales analogues à l’UGTT, on a nommé par là l’Union des travailleurs tunisiens d’Ismail Sahbani et la Confédération générale tunisienne du travail de Habib Guiza,

suite à la circulaire numéro 2 émise par Mehdi Jomâa, en date du 13 février 2014 relative aux procédures de conclusion de conventions entre les ministères, d’une part, et les entreprises publiques et les organisations syndicales, d’autre part.
Houcine Abassi a même menacé de porter plainte contre la présidence du gouvernement auprès de l’Organisation Internationale du Travail pour violation des principes de la liberté syndicale et du droit de négociation collective et non respect des législations locales et internationales.
Toute cette affaire est née à partir des préparatifs des prochaines négociations sociales sur fond des dispositions du code du travail tunisien et du contrat social signé le 14 Janvier 2013. L’UGTT déclare son refus que le gouvernement entre en négociations sociales avec d’autres syndicats et n’hésite pas, pour ainsi dire, à le crier haut et fort.
Force est de reconnaître que l’UGTT a tout à fait raison, d’un point de vue juridique, dans la mesure où le code du travail dans ces articles 38 et 39 contraint les pouvoirs publics c’est-à-dire le ministre des Affaires sociales à négocier avec le syndicat le plus représentatif des travailleurs. L’UGTT compte 650 mille adhérents contre 150 mille pour l’Union des travailleurs tunisiens et 65 mille pour la Confédération générale tunisienne du travail. Sans oublier que le contrat social signé le 14 Janvier 2013 par la présidence du gouvernement, l’UGTT et l’UTICA a bien notifié, dans son préambule, que les trois partenaires sociaux en Tunisie étaient le gouvernement tunisien, l’UGTT et l’UTICA, sans citer aucune autre partie.
Ce différend remet sur la table, en tout cas, cette polémique qui n’en finit plus depuis 2011 sur le pluralisme syndical. Il est vrai que d’un point de vue juridique, le texte de loi est sans équivoque, mais cela pose toujours un problème d’éthique quant à l’accaparation des voix des travailleurs par un seul représentant. Depuis 2011, deux organisations syndicales ont vu le jour, outre l’UGTT, et n’ont pas arrêté de revendiquer leurs droits à représenter les travailleurs et dénoncer ce qu’ils ont appelé « l’hégémonie de la centrale historique ».
L’UTICA est confronté aussi au même problème. Depuis la Révolution 2011, une patronale concurrente a vu le jour à savoir la CONECT et cette dernière n’arrête pas, non plus, de dénoncer l’ignorance délibérée des cinq gouvernements qui se sont succédés depuis la révolution à son égard.
A noter que la problématique du pluralisme syndical a commencé à apparaître, d’une façon virulente, trois mois avant la révolution 2011, précisément en Octobre 2010. Un grand syndicaliste patronal –qu’on s’abstiendra de nommer pour des raisons objectives- a eu un grand conflit avec Hédi Jilani, président de la Centrale patronale à cette époque pour, entre autres causes, le pluralisme syndical. Il a donné alors une interview au journal « Assarih » dans laquelle, il a évoqué l’impératif d’instituer le pluralisme syndical, ce qui lui a valu d’être convoqué, très secrètement, par la présidence de la République qui l’a mis en demeure et sommé de se taire et de ne plus évoquer le sujet.

Anis Somai

 

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