Tunisie : les enjeux du gouvernement Jomâa, selon Béligh Nabli de l’IRIS

Prié de donner son point de vue quant à l’adoption par l’ANC de la nouvelle constitution et si ce vote historique pouvait permettre d’ouvrir la voie pour des élections et de sortir de l’impasse politique, Béligh Nabli,

directeur de recherche à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS) a estimé que le moment était effectivement historique et que la charge symbolique des fondements constitutionnels de la république tunisienne démocratique post révolutionnaire est aussi forte pour la Tunisie que pour le monde arabe.
Pour Béligh Nabli, la concomitance de cet événement, avec la nomination d’un gouvernement de « techno-indépendants » et l’écartement d’Ennahdha du pouvoir, ouvre la voie à l’organisation de nouvelles élections législatives et présidentielles. Mais, nuance-t-il, les résultats de ces élections demeurent pour le moins incertains.
Cette loi fondamentale est le produit d’un compromis entre les forces politico-sociales du pays, rendu possible par « la réalité plurielle, à la fois complexe et contradictoire, que traverse la société tunisienne ». Un compromis entre les deux versants de la société tunisienne, l’un islamo-conservateur et l’autre progressiste et moderniste, précise-t-il. Dans la Constituante, l’équilibre réussi entre la référence à l’islam et le respect des libertés et droits humains est une avancée pour la consolidation d’une démocratie tunisienne. « Cependant, prévient-il, c’est de l’interprétation et de l’application qu’on en fera qui répondra à la question de savoir si le texte constitutionnel permettre de garantir l’avènement d’une démocratie moderne ». Et le politologue de rappeler que les textes des époques Bourguiba et Ben Ali n’ont pas empêché des dérives autoritaires et liberticides.
Concernant les enjeux auxquels sera confronté le nouveau gouvernement Jomâa, M. Nabli a évoqué une situation économique et sociale très difficile, outre la mission d’organiser les prochaines élections selon les normes internationales de liberté, de transparence. Le temps lui étant limité, il lui sera difficile, souligne le directeur, de peser sur les données macro-économiques du pays. Mais, en revanche, pense-t-il, il est en mesure de redonner confiance aux opérateurs économiques nationaux et étrangers. Quant au social, M. Nabli n’exclut pas des révoltes populaires et localisées, tellement le problème du chômage est pesant. Au plan sécuritaire, les menaces terroristes demeurent d’actualité, ce qui nécessitera, selon l’analyste, une remobilisation des forces de l’ordre et un renforcement des frontières.

M.BELLAKHAL

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