Tunisie : l’absence de filière de recyclage de pneus usagés menace hommes, nature et emplois

les_pneus.jpgECOPNEU a organisé, mercredi 19 décembre 2012, au Novotel Tunis, une conférence de presse ayant pour thème Pneus usagés, un problème environnemental toujours non solutionné en Tunisie. L’événement a rassemblé plusieurs journalistes de la presse écrite, radiophonique et télévisuelle.

Une invitée de marque avait même fait tout spécialement le déplacement pour défendre cette cause environnementale, Hend Chaouch, championne tunisienne, maghrébine et africaine de rallyes tout-terrain.
Erich Alauzen, attaché de Presse pour l’événement, donnait immédiatement le ton en ouvrant la conférence lorsqu’il insistait sur quelques chiffres alarmants : 15 millions de pneus en circulation en Tunisie, 1 million de pneus supplémentaires chaque année et la durée de vie d’un pneu qui dépasse les 900 ans, soit 27 générations… « Les roues de la voiture avec laquelle vous circulez aujourd’hui, des traces pourront encore en être visibles en… 2912 »… Sauf, bien évidemment, si une filière de recyclage des pneus usagés est mise en place en Tunisie.
Rappelons qu’ECOPNEU, créée en 2003, a démarré en 2009 à Sidi El Heni, près de Sousse, a investi plus de 5 millions DT pour se doter des équipements les plus modernes en termes de broyage et de micronisation répondant aux exigences de normes internationales. En industrialisant la collecte et le recyclage des pneus usagés, ECOPNEU voulait valoriser les déchets transformés en matière première pour les réutiliser sous forme de déchiquetas, de granulats et de poudrettes dans des applications industrielles existantes et innovatrices telles que la construction des implantations sportives et des aires de jeux, l’industrie des pièces techniques en caoutchouc, les travaux publics, l’isolation phonique, pour ne citer qu’elles…
Zied Jomaa, PDG du Groupe Jomaa (dont ECOPNEU est une l’une des filiales avec Jomaa Tunisie, ExJex et Fix N’Go), évoquait, après avoir rapidement présenté son Groupe (importateur exclusif de pneus Michelin, Pirelli, Bridgestone et des huiles Castrol) le problème crucial que connaissait ECOPNEU avec des résultats financiers prévisionnels de 2012 qui la mettaient en quasi-situation de faillite à cause d’un manque de soutien flagrant des pouvoirs publics : « Nous essuyons depuis notre création en 2009, des pertes qui avoisinent les 2 millions DT et nous sommes en situation de déposer notre bilan alors que l’activité de recyclage et de valorisation de pneus usagés est normalement pérenne et lucrative et nous permettrait de créer de nombreux nouveaux emplois et de développer de nouveaux marchés. L’absence de cadre financier et légal de la filière jette le secteur entier dans un grave marasme. Déjà, deux de nos collègues, Messieurs Hafsi et Triki, ici présents, ont dû fermer leurs usines mettant au chômage une cinquantaine d’employés ».
Mohamed Hafsi, fondateur d’une unité de recyclage à Bouarada, expliquait avec beaucoup d’émotion tous les problèmes qui l’avaient conduit à fermer son entreprise et évoquait franchement le laxisme notoire des gouvernements et leur ignorance notoire en matière de recyclage des pneus. Le même discours était tenu par Maher Triki qui fermait également son entreprise en 2011.
Hormis le problème financier causé par l’absence de filière, Ennouri Ben Yahia, spécialiste environnemental, expliquait précisément les dangers que représentaient pour la nature et l’homme les pneus abandonnés : la pollution visuelle, le risque grave d’incendie toujours difficilement maîtrisable et source de fumées excessivement dangereuses pour l’être humain, la pollution conjuguée de l’air, du sol et de la nappe phréatique sans compter la prolifération de rongeurs et de moustiques dangereux. « La résolution de cette problématique de pneus usagés devient urgente tellement la situation est maintenant menaçante… »
Hosni Jaidane, DGA d’Ecopneu, après avoir présenté brièvement l’activité de recyclage des pneus hors usage, énumérait les problèmes liés à l’absence de filière. Parmi les plus graves, le cadre légal inadéquat qui empêche l’exportation de l’acier récupéré du recyclage des pneus alors que les fonderies tunisiennes n’utilisent pas cet acier et que les marchés étrangers le demandent. « Pire encore, insistait Hosni Jaidane, le fait que le granulat de caoutchouc puisse être librement importé et de surcroît, exonéré de TVA… Nous, entreprise tunisienne de recyclage de pneus, nous nous heurtons à cette concurrence et en plus, nous devons payer la TVA. Dernier dysfonctionnement incohérent : lorsque nous payons DT 80 la tonne pour collecter les pneus, les recycleurs à l’étranger reçoivent une subvention de DT 400 par tonne ! »
Pourtant, la solution est à portée de main. Dans un rapport établi par ECOPNEU pour les pouvoirs publics et se basant sur une étude faite par ses propres experts qui reprenaient les modèles de filières mises en place en France, au Canada et en Belgique, un cadre légal et financier, incluant la mise en place d’une écotaxe selon le principe pollueur/payeur, était concrètement proposé. « Pour aider les pouvoirs publics à prendre rapidement les décisions qui s’imposent, nous avons même rédigé les propositions de textes de lois à appliquer. Malheureusement, aucune oreille attentive ne veut nous écouter… » rajoutait Hosni Jaidane.
Prenant la parole avec sa passion habituelle, Hend Chaouch se révoltait à son tour contre cette situation et n’hésitait pas à prendre comme exemple les rallyes automobiles auxquels elle participe pour dénoncer le « manque de civisme de certains mécaniciens qui n’hésitent pas à jeter leurs pneus devenus inutilisables en pleine nature et spécialement dans le désert… D’ailleurs, dans nos roadbooks, ces pneus abandonnés servent souvent de repères ce qui est inacceptable…». Hend Chaouch préconise la mise en place d’une écotaxe sous la forme d’une vignette à apposer sur son pare-brise pour que chaque conducteur se sente éco-responsable de ses actes et puisse participer à l’effort national. Elle rappelait que les bonnes habitudes environnementales se prennent dès la prime enfance, à l’école et à la maison, et que le citoyen tunisien devait faire beaucoup d’efforts en ce sens… « On doit sensibiliser le citoyen souvent ignorant de la portée de ses gestes par des campagnes de communication et de formation » concluait-elle en promettant son soutien infaillible à ECOPNEU dans la recherche urgente d’une solution visant à éradiquer ce problème lié aux pneus hors d’usage.
Zied Jomaa terminait la Conférence en réclamant beaucoup plus d’attention de la part du Gouvernement sur ce problème environnemental : « Tous les mois, nous demandons des rendez-vous avec les instances concernées, quelques unes semblent nous ignorer complètement… ECOPNEU est au bord de la faillite et va devoir mettre une cinquantaine de collaborateurs au chômage alors que si cette filière existait, nous créerions des nouveaux emplois chaque année. Ce grave problème doit être partagé par tous, y compris les citoyens, et c’est maintenant que nous devons le solutionner. Demain, il sera trop tard… ».

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D’après communiqué
 

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