Tunisie : les pneus usagés menacent

les_pneus.jpgA l’échelle mondiale, et principalement dans les pays émergents, le parc automobile reste depuis longtemps la principale cause de pollution environnementale, notamment dans le secteur pneumatique qui gère mal la collecte et le recyclage des pneus usagés, abandonnés dans la nature ou empilés dans des décharges sauvages et illégales.

Pour contrer ce phénomène, plusieurs pays de par le monde ont su mettre en place des réglementations efficaces en matière de recyclage des pneus et de valorisation. La Tunisie, malheureusement, n’en fait pas encore partie.
En 2011, le gisement national de pneus (en usage, stockés et abandonnés) en Tunisie dépassait les 15 millions de pneus… Ce chiffre catastrophique et alarmant augmente de plus d’un million par an compte tenu d’un parc de voitures de plus en plus important qui dépasse les 1,5 millions d’unités en 2012. Du fait de la très lente biodégradation (900 années !) de ces déchets pneumatiques solides et encombrants, de sérieuses nuisances sanitaires et environnementales sont nées : dégradation des paysages, pollution, prolifération d’insectes nuisibles, risques importants d’incendies dont les émanations de fumées noires sont nocives pour la santé…
Pour faire face à ce problème environnemental, Zied Jomaa créait en 2009 à Sidi El Heni, près de Sousse, la société ECOPNEU, pionnière dans son domaine : en industrialisant la collecte et le recyclage des pneus usagés, ECOPNEU voulait valoriser les déchets transformés en matière première pour les réutiliser sous forme de déchiquetas, de granulats et de poudrettes dans des applications industrielles existantes et innovatrices telles que la construction des implantations sportives et des aires de jeux, l’industrie des pièces techniques en caoutchouc, les travaux publics, l’isolation phonique, pour ne citer qu’elles…
Pour atteindre ses objectifs, ECOPNEU n’hésitait pas à investir : la société se dotait des équipements les plus modernes en termes de broyage et de micronisation conduisant un laboratoire externe à confirmer, en 2010,que les produits ECOPNEU répondaient à toutes les normes internationales. Depuis septembre 2009, l’équivalent d’un million de pneus « Tourisme » ont été traités par ECOPNEU. A partir de ces déchets pneumatiques, les processus mis en place permettent de récupérer trois composantes essentielles et valorisables : le caoutchouc, le textile et l’acier.
ECOPNEU tire la sonnette d’alarme : autant, pour ne citer qu’elles, les filières de recyclage des batteries, des huiles usagées, du plastique bénéficient d’un système de subvention en Tunisie, autant le secteur du pneu ne reçoit de la part du gouvernement aucun soutien malgré la gestion catastrophique des déchets pneumatiques.
Une situation alarmante qui a déjà entraîné la fermeture de deux usines de recyclage de pneus à Sfax et à Bouarada réduisant au chômage une cinquantaine d’employés. ECOPNEU, le seul rescapé, fait encore face, mais pour combien de temps en face des pertes accumulées depuis son ouverture et des problèmes de collecte et de valorisation des déchets pneumatiques ?
La collecte des pneus usagés et leur transport étant particulièrement très dispendieux, ECOPNEU doit se limiter à une collecte régionale. Hosni Jaidane, Directeur Général Adjoint d’ECOPNEU, souligne « qu’il n’est pas normal que cette collecte soit entièrement à la charge de notre société alors que nous considérons cette action de collecte comme un devoir national de salubrité et de santé auquel les collectivités locales et nationales devraient prendre part.»
D’autres problèmes se rajoutent : un manque à gagner annuel de 300 000 euros, par exemple, lorsqu’ECOPNEU, pénalisé par un cadre légal inadéquat, ne peut exporter l’acier récupéré du recyclage des pneus usagés sur des marchés en demande. Ou encore la concurrence déloyale imposée par l’état qui préfère l’Europe pour acheter le caoutchouc utilisé dans le remplissage des gazons synthétiques alors que le caoutchouc recyclé d’ECOPNEU serait adéquat.
Pour aider le gouvernement à mettre en place un cadre légal et financier, ECOPNEU n’a pas hésité à réaliser une étude complète sur le sujet allant même jusqu’à proposer les textes des propositions de textes de lois. Aucun ministère n’a répondu à ce jour.Pour résumer, ECOPNEU propose la mise en place d’une Ecotaxe sur le pneu produit ou importé. L’équivalent de cette taxe serait reversé intégralement aux recycleurs de pneus pour les soutenir financièrement dans leurs actions de collecte et de valorisation des déchets.
Ne se décourageant pas et pour encore mieux alerter et informer l’opinion publique sur ce délicat sujet, ECOPNEU organisera le 18 décembre prochain une conférence de presse donnant la parole à ses premiers responsables, mais aussi à un spécialiste de l’environnement. « Nous sommes confiants dans le fait que le gouvernement nous écoutera et mettra rapidement en place tout un cadre légal et financier qui permettra de développer cette filière de valorisation des déchets pneumatiques, de créer des emplois, de nouvelles opportunités d’affaires et de favoriser l’entrée de nouvelles devises en Tunisie » concluait Hosni Jaidane.

D’après communiqué
 

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