Tunisie : quand la bêtise est érigée en système de gouvernement

labib.jpgAyant été nommée, il y a quelques années, directrice d’une grande école de la ville, Mme F.B. a inscrit l’embellissement de l’établissement dans ses priorités. Férue, entre autres, de jardinage et amoureuse de la nature et de tous ses attributs, elle s’est attaquée à l’urgente réhabilitation des espaces verts et au réaménagement du jardin qui, le premier, accueillait autant l’écolier que le visiteur.

Le résultat a été à la hauteur des efforts et du temps consentis et une réelle source de fierté à l’initiatrice du projet, aux acteurs et aux contributeurs. La métamorphose de l’école obtenait tous les éloges et la générosité des donateurs parmi les parents se trouvait récompensée. Entre autres actions, la restauration et l’embellissement du carré réservé au drapeau national ont été un véritable coup de force. Et pour les enfants et le corps enseignant, le salut du drapeau sur l’air matinalement entonné de l’hymne national devenait un vrai plaisir. Le drapeau national, altièrement dressé au beau milieu d’un parterre de gazon fleuri, était entouré de toutes les attentions alimentant le sentiment patriotique des tout petits. Un sens de la responsabilité s’enracinait dans l’esprit de tous les élèves envers leur établissement dont un respect du travail et des fruits du travail, générateur de satisfaction et d’esprit de solidarité dans la préservation des résultats obtenus. Certes, ces actions sont de précieux adjuvants aux cours dispensés sur l’environnement et sur la nécessité de le protéger. Afin de conférer aux actions entreprises une certaine symbolique, les élèves avaient suggéré qu’une effigie de « Labib »soit dressée au milieu du carré gazonné et fleuri de la cour. Personne, ni les enseignants encore moins les enfants n’avaient alors pensé qu’ils étaient peut-être en train de commettre un acte impie.
« Labib », représentation innocente d’un adorable fennec dont l’image a été proposée pour non point personnifier mais simplement évoquer, dans les esprits, l’idée de propreté et d’un environnement joliment entretenu. Cette effigie vient d’être abattue après qu’un esprit retors et artificieux a décrété qu’il représente une transgression à des commandements ésotériques et que de ce fait, il faut qu’il soit physiquement et…intellectuellement détruit.
Personnellement, je n’ai pas pu assister aux démantèlements de ce que ces gens assimilent à des statues (objets à leurs yeux d’un improbable culte d’adoration).Mais j’imagine aisément le choc qu’une telle nouvelle, et assurément spectacle, ont pu provoquer sur ces jeunes esprits. On vient simplement d’anéantir leurs efforts passés et d’ébranler certaines de leurs certitudes : que ce qui à leurs yeux symbolise la beauté, évoque l’esthétisme, suscite le ravissement sans spéculation aucune peut leur valoir, par les temps qui courent, les tourments de la géhenne. Promis, juré !
La mise à la retraite forcée de « Labib » renforce à l’évidence ce sentiment de plus en plus unanime qu’une politique sournoise et en règle s’installe en vue de donner le coup de grâce à l’art et aux artistes ainsi qu’aux symboles et emblèmes qu’ils attribuent à leurs œuvres.
Un certain Jean-Luc Dion a dit : « Quand les ignares diplômés prolifèrent, la bêtise fleurit joyeusement. »
Nous dirons, pour notre part en paraphrasant F. Mitterrand « La démocratie, c’est aussi le droit institutionnel (de commettre et de décider) des bêtises. »

M. BELLAKHAL
 

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