La Tunisie doit réussir son virage démocratique, selon B.C. Essebsi

Beji_Caid_Essebsi.jpg« Ce gouvernement, même si ce n’est pas celui que j’aurais choisi, doit réussir. Nous sommes en milieu de parcours d’un processus devant nous mener vers une gouvernance démocratique, une transition entre un État hyper-autoritaire et un État de libertés », a indiqué M. Béji Caïd Essebsi, ex-Premier ministre, dans une interview accordée à « JeuneAfrique ».

Le Premier ministre sortant a précisé que la Tunisie a réussi sa première mi-temps en se donnant une Constituante, ainsi qu’un gouvernement et un Chef de l’État provisoires : « Maintenant, il s’agit d’aller au bout : rédiger une Constitution, la faire adopter, organiser des législatives et doter le pays d’un président démocratiquement élu. Or, j’ai le sentiment que ces importantes échéances ne constituent pas la priorité de l’heure !
Cependant, on ne peut décemment prétendre faire le bilan d’un gouvernement deux mois après son installation. Laissez aux ministres le temps de s’habituer aux couloirs de leurs ministères, au fonctionnement de leurs services et aux difficultés de la gestion quotidienne de l’État avant de les juger ».
L’avocat a précisé, également, qu’il y a tout de même des inquiétudes, à propos de la liberté de la presse par exemple. Un journaliste a été incarcéré pour avoir publié une photo : « Je trouve cela choquant. Il est certain que ce journaliste a pu heurter des sensibilités en publiant une photo de femme dénudée. Nous sommes en Tunisie, pas en Grande-Bretagne, mais ce n’est en aucun cas un crime justifiant une incarcération. C’est d’autant plus révoltant qu’il doit ce traitement à l’application d’un code de l’information rendu caduc par les dispositions prises par mon gouvernement relatives aux droits et devoirs de la presse ».
Selon lui, les propos du prédicateur égyptien Wajdi Ghanim recommandant l’excision pour les jeunes filles ou le rôle central de la mosquée dans la gestion de la cité ont provoqué un tollé… : « Les déclarations de ce charlatan sont inacceptables. On ne peut invoquer la liberté d’expression pour défendre une démarche visant à nuire. Je m’abstiens de juger l’action de mon successeur, mais si j’avais été aux affaires, ce monsieur aurait été expulsé manu militari, car ses propos mettent en danger la cohésion nationale. On ne doit pas toucher à ces acquis du peuple tunisien que sont la modernité et le statut de la femme.
Ces manœuvres sont vouées à l’échec, car j’ai foi dans les traditions ancestrales du pays. Il y a trois mille ans, Carthage avait son gouvernement et son Sénat. La Tunisie a été le premier pays arabe à s’être doté d’une Constitution, il n’y a aucune raison pour qu’elle rate son virage démocratique ».

M.Kh
 

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