Tunisie-Fermeture de Leoni à Mateur : et maintenant ?

Leoni.jpgLeoni vient de fermer une de ses usines de Mateur Nord et de donner congé aux ouvriers de l’unité de Mateur Sud. Il laisse ainsi quelque six mille travailleurs dans une situation de profonde consternation.

Le communiqué émanant de la direction générale ne laisse planer aucun doute quant à la détermination de la firme mère de faire suivre les paroles par les actes. Et il semble qu’aussi bien les ouvriers que leurs représentants n’aient point préjugé du sérieux de l’employeur.
La question qui s’impose dans cette affaire est sans aucun doute : Et maintenant ?
D’abord comment en est-on arrivé là ? Tout a commencé par une bien banale histoire de transfert d’un portefeuille d’assurance groupe d’une compagnie à une autre. Cette dernière appartenant à un haut responsable de Leoni, les ouvriers s’y opposent et se mobilisent pour exiger que ce monsieur dégage soutenus par leur syndicat, l’UTT, majoritairement présent dans les deux unités de production. Une décision de restructuration de la société avec nomination à Mateur de responsables venant de l’unité de Sousse fait crier au régionalisme et amène le représentant syndical à hausser le ton et à proférer des menaces contre le principal responsable de la société, ce qui entraîne sa mise au repos. Cette mesure fait monter la tension et la direction générale choisit de faire marche arrière dans un souci de temporisation. Les négociations s’engagent entre la société et les représentants des ouvriers sans que l’on parvienne au moindre accord. Mais au fait, quel accord ? Il est un fait certain qu’il ne s’agit nullement d’une revendication salariale, mais bien plus que cela. L’UTT bien implantée parmi les ouvriers cherche à user de sa forte présence pour infléchir et la direction générale et le gouvernement afin de s’imposer comme un interlocuteur incontournable. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le procédé est malhabile. Plusieurs réunions s’ensuivent qui finissent en queue de poisson. La main de fer s’achève comme l’on sait après que les ouvriers ont exécuté leur grève suite au renvoi du secrétaire général de l’UTT, accusé d’ « attiser les sentiments de discorde et appelant au régionalisme ».
Et maintenant ?
Faut-il rappeler, ici, que le flux des ouvriers de Leoni vient gonfler le contingent déjà très important des ouvriers mis au chômage et qu’une solution pour leur réintégration demeure hypothétique ?
Faut-il rappeler, également, qu’un investisseur, étranger de surcroît, n’est intéressé par un pays que dans la mesure où est garantie la paix sociale et où le profit dudit promoteur est préservé. Dès lors, et s’il sent ses intérêts menacés, il délocalise sans état d’âme et va voir sous des cieux moins turbulents ?
Faut-il rappeler que le devenir d’un ouvrier ne doit en aucun cas servir de mise pour un jeu d’intérêt, ni de monnaie d’échange, encore moins d’objet d’un quelconque chantage politique. Et ces ouvriers, eux-mêmes, ne font-ils pas preuve de courte mémoire ayant naguère été manipulés au point que les usines de montage Deutz et Renault ont fini par fermer leurs portes face aux pressions ouvrières.
Plutôt que de tirer les leçons du passé, nous nous acharnons à répéter les mêmes erreurs pour ensuite nous abandonner aux lamentations.
Et maintenant ? Il m’est avis qu’il faudrait décréter le gel des activités syndicales, rappeler les ouvriers au travail, calmer le jeu et reprendre les négociations avec des résolutions nouvelles et un esprit ouvert au dialogue. Il est nécessaire de convaincre les Allemands de retourner à la table de négociation et se montrer disposés aux concessions. Autrement…

M.BELLAKHAL
 

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